Alors que les dynamiques électorales s'accélèrent à l'approche du scrutin présidentiel, les débats autour de la solidité des institutions républicaines prennent une intensité nouvelle. Interrogée au micro de RFI France, la députée écologiste Léa Balage El Mariky a vivement mis en garde contre les conséquences institutionnelles d'une accession de l'extrême droite à l'Élysée. S'appuyant sur un travail juridique approfondi commandé par son groupe parlementaire, l'élue affirme que la France présenterait des failles démocratiques majeures, capables de précipiter le pays dans une dérive illibérale en l'espace de quelques mois.

Face à la perspective de voir le Rassemblement national concrétiser ses ambitions élyséennes, la parlementaire formule une proposition d'urgence : engager sans tarder une révision de la Constitution pour blinder les contre-pouvoirs avant que les électeurs ne soient appelés aux urnes.

Une vulnérabilité institutionnelle pointée par des juristes

L'avertissement formulé par Léa Balage El Mariky ne repose pas uniquement sur une rhétorique politique d'opposition, mais sur les conclusions d'un rapport rédigé par un collectif de juristes et d'universitaires à la demande des députés écologistes. Selon cette expertise, la Vᵉ République, souvent perçue comme un régime stable et protecteur grâce à son exécutif fort, se révélerait en réalité particulièrement perméable à des dévoiements autoritaires.

Au micro de RFI France, la députée a résumé ce constat sans détour : la France figurerait parmi les démocraties européennes dont les contre-pouvoirs sont les plus fragiles face à un pouvoir exécutif résolu à contourner les garde-fous habituels. La concentration des prérogatives entre les mains du chef de l'État, conjuguée à des mécanismes de contrôle parlementaire limités, créerait un terrain propice à une mutation rapide du régime. Selon l'élue, un nouvel exécutif issu du RN disposerait d'outils juridiques déjà existants au sein du texte fondamental pour neutraliser progressivement les voix dissidentes, fragiliser l'autorité judiciaire et restreindre les libertés publiques fondamentales.

Le spectre du modèle illibéral au cœur des projections

Cette alerte intervient alors que les différents sondages mesurent depuis plusieurs mois une assise électorale inédite en faveur du Rassemblement national. L'inquiétude soulevée par les écologistes s'inspire directement de trajectoires observées au sein de l'Union européenne au cours de la dernière décennie, notamment en Hongrie ou en Pologne, où des majorités démocratiquement élues ont méthodiquement affaibli l'indépendance de la justice, la liberté de la presse et les prérogatives des autorités administratives indépendantes.

La députée écologiste souligne qu'en France, la mise sous tutelle de l'appareil d'État pourrait être encore plus rapide en raison du présidentialisme poussé de la Constitution de 1958. La haute administration, les parquets judiciaires, les organes de régulation des médias ou encore la composition du Conseil constitutionnel dépendent en partie de nominations décidées par le sommet de l'État. Dans l'hypothèse où le Rassemblement national remporterait la présidence puis obtiendrait une majorité absolue ou relative à l'Assemblée, les leviers d'action pour freiner des réformes contestées de l'intérieur apparaîtraient particulièrement restreints.

L'appel à un sursaut transpartisan au Palais-Bourbon

Pour conjurer ce scénario, Léa Balage El Mariky plaide pour une initiative immédiate au sein du Parlement. Elle appelle les différentes forces démocratiques de l'hémicycle à dépasser leurs clivages partisans pour engager une réforme ciblée de la Constitution. L'objectif consisterait à sanctuariser les principes de l'État de droit et à rendre plus rigides les modalités de nomination et d'exercice des magistrats ainsi que des membres des juridictions de contrôle.

Néanmoins, la mise en œuvre d'une telle initiative se heurte à des contraintes politiques et temporelles très serrées. Le calendrier parlementaire laisse peu de marge pour bâtir un consensus suffisamment large. Selon l'article 89 de la Constitution, toute révision constitutionnelle à l'initiative du Parlement impose un vote à l'identique de l'Assemblée nationale et du Sénat, avant d'être soumise à un référendum populaire. Obtenir l'aval d'une chambre haute dominée par la droite sénatoriale sur un texte proposé par la gauche écologiste relève du défi d'équilibriste.

L'avenir des institutions dans la compétition électorale

Cette prise de position contribue à repositionner le sujet institutionnel au centre du débat républicain. Tandis que les divers candidats affinent leurs propositions sur le pouvoir d'achat, l'immigration ou la transition écologique, la question de la pérennité du modèle démocratique français devient un axe de confrontation majeur entre les partis.

Pour le Rassemblement national, ces critiques sont régulièrement balayées et qualifiées de procès d'intention destiné à masquer le manque de projet alternatif de ses adversaires. Le parti assure vouloir inscrire son action dans le cadre républicain, tout en promettant d'utiliser massivement le référendum pour redonner la parole aux citoyens, y compris sur des sujets touchant aux libertés fondamentales et aux traités internationaux.

Pour les formations de gauche et une partie du centre, la sonnette d'alarme tirée par les écologistes pose une interrogation cruciale : les démocraties occidentales disposent-elles des verrous juridiques suffisants pour résister à des forces politiques qui remettent en cause les équilibres traditionnels de l'État de droit ? Les débats à venir au Palais-Bourbon permettront de mesurer si cet appel à la vigilance institutionnelle peut trouver une traduction législative concrète ou s'il restera un argument de campagne majeur pour les mois à venir.

Sources

  • RFI France : https://www.rfi.fr/fr/podcasts/invit%C3%A9-politique/20260924-une-victoire-du-rn-mettrait-en-p%C3%A9ril-notre-%C3%A9tat-de-droit-alerte-l%C3%A9a-balage-el-mariky-eelv

Synthèse éditoriale Élections 2027.

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