Six ans après l’assassinat terroriste de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine et trois ans après la mort de Dominique Bernard à Arras, l’Assemblée nationale se saisit à nouveau de la question ultrasensible de la protection du corps enseignant. Une mission d’information parlementaire transpartisane entame ses travaux au Palais-Bourbon pour évaluer l’efficacité des dispositifs déployés depuis ces drames. Alors que la communauté éducative demeure marquée par le sentiment d’insécurité et les contestations d’enseignements, ses conclusions, attendues pour février 2027, s'inviteront inévitablement dans les débats programmatiques des prétendants à l’Élysée.
Une mission transpartisane pour sanctuariser l'école
Créée au sein de la commission des affaires culturelles et de l'éducation, cette mission est le fruit d’un attelage parlementaire inédit. Sa présidence revient à Anne Genetet, députée du groupe Ensemble pour la République et ancienne ministre de l'Éducation nationale, tandis que le rapport a été confié à Thierry Tesson, député du Rassemblement national. Ce dernier dispose d'une expertise reconnue sur le terrain : professeur agrégé d’histoire, ancien chef d’établissement, il a également exercé les fonctions d’inspecteur d’académie et de directeur académique des services de l’Éducation nationale (DASEN) dans la Vienne.
Dans un entretien accordé à LCP Assemblée, le rapporteur dresse un constat sévère sur la détérioration du climat scolaire : « L'école était une forme de sanctuaire, aujourd'hui c'est une cible ». L’objectif affiché de cette mission est de dresser un inventaire sans concession des outils créés par l’État : protection fonctionnelle accordée aux agents menacés, équipes mobiles de sécurité, suivi des signalements d’atteintes à la laïcité et articulation avec les parquets judiciaires.
Dès ses premières séances, l’instance auditionne Audrey Fouillard, qui dirigeait le collège du Bois-d'Aulne en octobre 2020. D’autres personnalités du monde éducatif, judiciaire et policier sont attendues dans l'hémicycle, dont le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffrey. Pour compléter ces auditions institutionnelles, les parlementaires ont choisi de déployer une vaste consultation numérique directement adressée aux personnels de terrain afin de mesurer le fossé éventuel entre les protocoles administratifs et le quotidien des salles de classe.
L'école et la laïcité, terrains d'affrontement pour les prétendants à l'Élysée
Cette initiative parlementaire ne relève pas uniquement du contrôle de l’action gouvernementale. Elle s’inscrit directement dans la préparation des projets des différents candidats en vue de l'élection présidentielle de 2027. L’institution scolaire, historiquement au centre du modèle républicain, est devenue l'un des thèmes les plus clivants de la vie politique française.
Pour la majorité sortante, l’enjeu consiste à valoriser les réformes engagées depuis 2020 : le durcissement du cadre légal contre le séparatisme, la simplification de l’octroi de la protection fonctionnelle et la mise en place de référents laïcité dans chaque rectorat. L'exécutif défend un bilan de fermeté républicaine, tout en tentant de rassurer un corps enseignant qui dénonce régulièrement des lourdeurs hiérarchiques et un sentiment d'abandon face aux pressions extérieures.
À droite et à l’extrême droite, les figures de l’opposition articulent leurs critiques autour du régalien et de la faillite supposée de l’autorité républicaine. Les représentants du Rassemblement national insistent sur la nécessité de doter les établissements de mesures physiques drastiques : généralisation de portiques de sécurité, présence renforcée de vigiles ou de policiers municipaux aux abords des cours de récréation, et tolérance zéro immédiate pour toute contestation religieuse des programmes. En confiant le rapport à Thierry Tesson, le parti de Marine Le Pen entend démontrer sa capacité à formuler des propositions techniques et à investir des dossiers d'expertise au-delà des discours de tribune.
À gauche, les critiques se portent davantage sur la paupérisation des moyens humains et le manque de personnels d'encadrement, tels que les conseillers principaux d'éducation (CPE), les assistants d'éducation et les assistants sociaux. Pour ces formations, la réponse sécuritaire ne saurait masquer l'urgence de reconstituer des collectifs pédagogiques solides, capables de prévenir les tensions avant qu'elles ne dérivent vers la violence.
Une échéance calée sur l'agenda politique
Le calendrier des travaux parlementaires fait coïncider la publication du rapport final avec le mois de février 2027. À cette date, la France sera entrée dans la dernière ligne droite avant le premier tour présidentiel, à un moment où les courbes des sondages pèsent lourdement sur la stratégie des états-majors.
En formulant des préconisations destinées à renforcer l'arsenal législatif, les membres de la mission d'information espèrent peser sur la rédaction des programmes électoraux. Le rapport permettra de mesurer si un consensus minimal est encore envisageable sur la sanctuarisation de l’institution scolaire, ou si celle-ci servira d’arène à une polarisation idéologique accrue. Entre le devoir de mémoire envers Samuel Paty et Dominique Bernard et la nécessité d'apporter des réponses concrètes aux milliers d'agents publics exposés au quotidien, le dossier s'annonce comme l'un des marqueurs forts du prochain grand rendez-vous démocratique.
Sources
- LCP Assemblée : https://lcp.fr/actualites/assassinat-de-samuel-paty-a-l-assemblee-une-mission-d-information-pour-proteger-au-mieux
Synthèse éditoriale Élections 2027.
Rubrique : Candidats






