En déplacement à Menton et Cannes, l’eurodéputée Reconquête Sarah Knafo a réaffirmé son ambition de sceller une vaste union des droites. Constatant sur le terrain des convergences locales fortes entre sympathisants des Républicains, de son mouvement et du Rassemblement national, la représentante souverainiste entend peser sur la recomposition idéologique qui prépare l'échéance présidentielle.

Sur la Côte d'Azur, le discours sur le rassemblement des forces conservatrices et nationales trouve un écho particulier. Selon les observations rapportées par Le Figaro Élections, l'élue européenne a profité de ses étapes maralpines pour mettre en avant ce qu'elle qualifie de « porosités immenses » entre les militants et cadres locaux issus de diverses sensibilités. Ce constat n'est pas anodin : à mesure que s'accélère le débat politique national, la question d'une candidature unique ou d'un pacte de désistement à droite s'impose comme l'un des nœuds stratégiques majeurs.

Le Sud-Est, laboratoire historique des convergences de droite

La région Provence-Alpes-Côte d'Azur constitue depuis plusieurs décennies un baromètre privilégié des dynamiques internes à la droite française. C’est sur ce littoral que les frontières entre la droite républicaine traditionnelle et les courants nationalistes se sont le plus tôt estompées sous la pression d'un électorat demandeur d'ordre, de fermeté régalienne et d'allégements fiscaux.

En se rendant à Menton puis à Cannes, Sarah Knafo cible délibérément des territoires où les élus et les militants partagent un socle programmatique proche. Lors de ces rencontres, les clivages d'appareils parisiens s'effacent fréquemment derrière des préoccupations communes, qu'il s'agisse de la gestion des flux migratoires frontaliers, de la fiscalité locale ou de la sécurité du quotidien. Pour la direction de Reconquête, cette réalité de terrain doit servir d'aiguillon pour contraindre les états-majors à négocier, alors même que les différents partis maintiennent pour l'instant des stratégies d'affirmation autonome.

La doctrine du rassemblement face aux verrous partisans

Le plaidoyer pour une coalition électorale large n'est pas une nouveauté au sein de la formation d'Éric Zemmour, mais il prend une tournure plus pressante à mesure que se profile l'échéance présidentielle. L'alliance conclue lors des législatives anticipées de 2024 entre Éric Ciotti et le Rassemblement national a démontré qu'une brèche était ouverte dans le cordon sanitaire historique. Toutefois, cette reconfiguration n'a pas intégré l'ensemble des chapelles de droite, laissant subsister des fractures profondes.

D'un côté, le Rassemblement national privilégie une stratégie hégémonique, portée par sa position de force au Parlement et des scores élevés dans les enquêtes d'opinion. De l'autre, les figures restantes de la droite libérale et gaulliste refusent toute vassalisation et craignent de perdre leur identité républicaine modérée. Entre ces deux pôles, la tentative de Sarah Knafo consiste à théoriser une passerelle programmatique : marier le libéralisme économique cher à une partie de la droite bourgeoise avec les priorités identitaires et sécuritaires du camp national. Reste à savoir si cette équation peut séduire au-delà de sa base militante la plus convaincue.

Quelle influence sur les équilibres électoraux à venir ?

Pour Reconquête, l'enjeu est également existentiel. Après des résultats contrastés lors des derniers scrutins, le parti doit prouver son utilité stratégique dans le paysage politique pour peser face aux deux géants que sont devenus le bloc lepéniste et la majorité centrale. Les différents sondages montrent que si la demande d'autorité demeure très forte dans l'opinion, la dispersion des candidatures pénalise systématiquement les formations secondaires au premier tour d'une présidentielle.

En incarnant une droite décomplexée et prête à discuter avec toutes les composantes, Sarah Knafo cherche à valoriser son capital politique personnel acquis au Parlement européen. La question de savoir qui portera ces idées parmi les futurs candidats reste entière. Si la démarche séduit des militants locaux lassés des divisions partisanes, elle se heurte invariablement aux rivalités de leadership et aux logiques de financement électoral qui poussent chaque structure à maintenir son propre pavillon.

Les perspectives à l'approche du scrutin suprême

La route vers l'élection présidentielle impose une clarification rapide des stratégies de coalition. Selon le calendrier républicain, les prochaines années verront se multiplier les tentatives de structuration de plateformes communes ou, à défaut, de pactes de non-agression. Le Sud-Est offre à cet égard un aperçu des tiraillements qui traverseront la droite française : d'un côté, la base militante réclame l'unité pour vaincre la gauche et le centre ; de l'autre, les directions parisiennes surveillent leurs prérogatives et leurs équilibres internes.

Le pari de Sarah Knafo repose sur l'idée que la pression populaire et locale finira par rendre inéluctable un rapprochement au sommet. Face aux rigidités institutionnelles du scrutin uninominal majoritaire à deux tours, la capacité à agréger les électorats dès le premier tour apparaît comme la condition sine qua non pour espérer accéder à l'Élysée. La réussite de ce projet dépendra toutefois du bon vouloir des dirigeants des Républicains et du Rassemblement national, peu enclins pour le moment à partager le leadership de l'opposition.

Sources

  • Le Figaro Élections : https://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/des-porosites-immenses-dans-le-sud-est-sarah-knafo-reve-d-union-des-droites-pour-la-presidentielle-2027-20260920

Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats