À l’approche de l’échéance présidentielle de 2027, les grandes manœuvres de recomposition politique s'accélèrent à l'extrême droite. Invitée sur le plateau de LCI, Sarah Knafo, figure clé du parti Reconquête et députée européenne, a jeté un pavé dans la mare en déclarant qu’elle n’excluait pas de participer à un gouvernement dirigé par Jordan Bardella en cas de victoire de Marine Le Pen. Cette main tendue, révélée par nos confrères de 20 Minutes Politique, illustre une volonté pragmatique de rapprochement après des années de rivalité féroce entre les deux principales formations de la droite nationaliste.

Un signal fort envoyé au Rassemblement National

Sarah Knafo, compagne et conseillère de l'ombre d'Éric Zemmour devenue députée au Parlement européen, opère un virage stratégique notable. En affirmant sa disponibilité pour un futur exécutif dominé par le Rassemblement National (RN), elle rompt avec la posture d'affrontement systématique qui avait caractérisé la campagne de Reconquête en 2022. À l'époque, le parti d'Éric Zemmour se posait en seul véritable défenseur de la civilisation française, accusant le RN de tiédeur idéologique et de "gauchisme" économique.

Selon les informations rapportées par 20 Minutes Politique, cette déclaration intervient dans un contexte de clarification des ambitions de chacun. Alors que le RN consolide sa position de force hégémonique à droite, Reconquête cherche sa place dans le paysage politique post-législatives. Pour Sarah Knafo, l'urgence n'est plus à la division mais à la construction d'une alternative crédible de gouvernement. En se disant prête à travailler sous la direction de Jordan Bardella, elle tente de crédibiliser l'hypothèse d'une coalition gouvernementale élargie, capable de rassurer les électeurs sur la capacité de la droite nationale à diriger le pays.

L'union des droites face à la réalité des urnes

Cette ouverture s'inscrit directement dans la stratégie historique de la "coalition des droites", théorisée par Éric Zemmour mais restée jusqu'ici lettre morte en raison des réticences du RN. Aujourd'hui, la donne change. Les différents sondages d'opinion montrent une progression constante du bloc nationaliste, rendant l'hypothèse d'une victoire de Marine Le Pen en 2027 de plus en plus plausible pour de nombreux observateurs.

Pour les différents partis situés à la droite de l'échiquier politique, l'enjeu est désormais de se positionner au plus tôt afin de peser sur la future ligne politique d'un éventuel gouvernement de transition ou de coalition. Reconquête, fragilisé par des départs successifs et des scores modestes aux dernières élections européennes, doit impérativement redéfinir son utilité marginale. Proposer des cadres compétents et idéologiquement structurés, comme Sarah Knafo, est une manière de se rendre indispensable auprès d'un RN qui pourrait manquer de technocrates et de profils ministériels expérimentés en cas d'accession au pouvoir.

Jordan Bardella à Matignon : l'hypothèse de travail du RN

Le scénario évoqué par Sarah Knafo repose sur une répartition des rôles déjà bien établie au sein du Rassemblement National. Marine Le Pen, candidate naturelle du parti pour l'échéance de 2027, a déjà annoncé que son jeune président de parti, Jordan Bardella, serait son Premier ministre en cas de victoire. Ce tandem, qui a fait ses preuves lors des dernières campagnes électorales, sert de pivot à toute la stratégie de conquête du pouvoir.

Pour les autres candidats déclarés ou potentiels de la droite hors-les-murs, l'affirmation de Sarah Knafo pose une question fondamentale : celle de la survie politique en dehors de l'orbite du RN. En acceptant l'autorité future de Jordan Bardella, l'eurodéputée valide le leadership incontesté du RN sur ce camp politique. Cela pourrait également inciter d'autres figures de la droite conservatrice traditionnelle, aujourd'hui hésitantes, à franchir le Rubicon pour négocier des places au sein d'un futur gouvernement d'union nationale.

Des divergences de fond qui demeurent

Malgré cette volonté affichée de rapprochement, les obstacles à une véritable alliance gouvernementale restent nombreux. Sur le plan des idées, des divergences notables subsistent entre Reconquête et le RN, notamment sur les questions économiques et la vision de l'Union européenne. Si Sarah Knafo siège aujourd'hui à Strasbourg au sein du groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE), le RN a quant à lui structuré son action au sein du groupe des Patriotes pour l'Europe, marquant une concurrence d'influence au niveau de l' Europe.

De plus, la question de la place d'Éric Zemmour lui-même reste entière. Le président de Reconquête, dont les relations avec Marine Le Pen sont notoirement fraîches, acceptera-t-il de voir ses lieutenants intégrer un gouvernement RN sans en être lui-même le pivot ? La sortie de Sarah Knafo pourrait ainsi être interprétée comme une initiative personnelle visant à tester l'opinion et à ouvrir des canaux de discussion discrets, loin des rivalités de personnes qui ont jusqu'ici bloqué toute tentative d'union.

L'appel du pied de Sarah Knafo à Jordan Bardella marque une étape importante dans la préparation de l'échéance de 2027. En brisant le tabou d'une participation gouvernementale sous l'égide du RN, l'élue de Reconquête pose les jalons d'une recomposition qui pourrait redessiner durablement les contours de l'opposition en France. Reste à savoir si le Rassemblement National, soucieux de préserver sa stratégie de normalisation, acceptera cette main tendue ou préférera continuer à faire cavalier seul.

Sources

Source factuelle citée : 20 Minutes Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats