Invité de l'émission « Face à BFM » présentée par Maxime Switek, le président de Reconquête a exposé une vision singulière articulant rupture migratoire et innovation industrielle. Face aux journalistes de la chaîne d'information en continu, l'ancien polémiste a affirmé vouloir substituer les machines aux travailleurs étrangers pour répondre aux pénuries de main-d'œuvre dans les secteurs sous tension. Cette formule, résumée par l'injonction « des robots à la place des immigrés », illustre une tentative de redéfinir son positionnement programmatique à l'approche des grandes échéances républicaines.
Une doctrine industrielle au service du « zéro immigration »
L'argumentaire développé par le fondateur de Reconquête s'attaque à l'un des arguments fréquemment avancés par le patronat et les économistes : la dépendance de pans entiers de l'économie française — restauration, bâtiment, propreté, maraîchage — à la main-d'œuvre issue de l'immigration. Pour contourner ce constat sans renoncer à son objectif fondamental de fermeture des frontières et d'inversion des flux migratoires, le président du mouvement identitaire mise sur un choc d'automatisation.
Selon cette approche, l'État devrait encourager des investissements massifs dans l'intelligence artificielle, l'automatisation des tâches physiques et la modernisation technologique des entreprises. En prenant exemple sur des pays à faible immigration confrontés au déclin démographique comme le Japon ou la Corée du Sud, il entend démontrer que le progrès technique peut pallier l'absence de recrutement extérieur. Comme l'a rapporté BFMTV Politique, cette prise de position cherche à concilier une vision souverainiste dure avec une rhétorique tournée vers la modernité technologique, loin de l'image passéiste souvent attribuée à son discours culturel.
La bataille des sondages face à l'hégémonie du Rassemblement national
Cette offensive médiatique intervient dans une phase critique de structuration de la droite nationaliste. Alors que le Rassemblement national caracole en tête des intentions de vote dans les différents sondages testant le premier tour de la prochaine élection, Reconquête peine à retrouver la dynamique qui avait porté son lancement en 2021. Les divisions internes et les départs successifs de cadres ont affaibli l'appareil partisan, contraignant son président à occuper l'espace médiatique par des propositions clivantes et disruptives.
Pour exister face à Marine Le Pen et Jordan Bardella, la formation mise sur une surenchère de clarté doctrinale. Là où le Rassemblement national s'efforce de lisser son programme économique pour rassurer les milieux patronaux et les classes populaires inquiètes du pouvoir d'achat, Reconquête tente de capter un électorat de cadres et de conservateurs libéraux sensibles aux thématiques d'innovation et de compétitivité. L'intégration de la robotique dans la matrice anti-immigration vise ainsi à offrir un vernis gestionnaire à des mesures radicales, un calcul directement orienté vers les électeurs indécis répertoriés dans les enquêtes d'opinion menées par les différents partis.
Obstacles structurels et scepticisme des économistes
La faisabilité d'une telle substitution soulève toutefois de vives réserves parmi les spécialistes du marché du travail et du tissu productif. Si l'automatisation progresse de manière constante dans l'industrie manufacturière et la logistique, son déploiement à grande échelle dans les services à la personne, le nettoyage urbain ou l'hôtellerie se heurte à des verrous technologiques et financiers majeurs.
D'une part, le coût d'acquisition des équipements robotisés reste prohibitif pour la plupart des petites et moyennes entreprises, qui composent l'essentiel du tissu économique dans ces filières. D'autre part, de nombreux métiers dits « pénibles » exigent une adaptabilité humaine, une motricité fine et un relationnel que la robotique actuelle est encore incapable de reproduire à des coûts viables. Les détracteurs de cette proposition soulignent également le risque de déstabilisation économique immédiate qu'engendrerait un arrêt brusque de l'immigration de travail avant même que les robots ne soient opérationnels et déployés.
Les perspectives en vue de la présidentielle de 2027
À mesure que le calendrier politique se resserre, les différents prétendants déclarés ou présumés au sein de la droite radicale cherchent à consolider leur socle électoral tout en testant de nouveaux axes programmatiques. Pour les stratèges de Reconquête, l'objectif est d'éviter une bipolarisation précoce du scrutin entre le bloc central et le Rassemblement national, qui risquerait de marginaliser les plus petits candidats.
En plaçant la robotique au centre de la question migratoire, le mouvement tente d'imposer un nouveau clivage technico-sociétal dans le débat public. Il s'agit d'ancrer l'idée que la fin de l'immigration ne relève pas d'un repli archaïque mais d'un saut vers le futur. Reste à savoir si cette grille de lecture trouvera un écho favorable auprès d'un corps électoral principalement préoccupé par l'inflation, les défaillances des services publics et la sécurité du quotidien, ou si elle restera cantonnée au statut de formule télévisuelle destinée à relancer une courbe de popularité en berne.
Sources
- BFMTV Politique : https://www.bfmtv.com/politique/elections/presidentielle/video-des-robots-a-la-place-des-immigres-eric-zemmour-president-de-reconquete-presente-la-robotique-comme-une-solution-a-l-immigration_VN-202609170924.html
Synthèse éditoriale Élections 2027.
Rubrique : Candidats






