Alors que le Rassemblement national consolide son assise dans les enquêtes d'opinion, Éric Zemmour refuse de s'effacer. Galvanisé par l'adhésion militante suscitée par Sarah Knafo, le président de Reconquête affûte ses arguments pour se relancer dans la course à l'Élysée.
Le duel annoncé entre les différentes forces politiques pour la prochaine élection présidentielle continue de recomposer le paysage à la droite du spectre politique. Réunis à l'occasion de leur université d'été à la mi-septembre, les cadres et militants de Reconquête ont affiché une détermination intacte. Loin d'abdiquer face aux scores électoraux imposants du Rassemblement national (RN), l'ancien journaliste prépare méthodiquement le terrain en vue du scrutin national. Dans cette démarche, la place occupée par Sarah Knafo, députée européenne et vice-présidente du mouvement, devient le véritable pivot de son dispositif de conquête.
Une ferveur militante devenue moteur de légitimation
L’effervescence constatée lors des dernières rencontres de Reconquête témoigne d’une dynamique interne singulière. Comme le souligne une enquête publiée par Mediapart, l'accueil réservé à Sarah Knafo dépasse désormais le cadre habituel des rassemblements partisans. La jeune élue européenne a su capter l'attention de la base militante, au point d'incarner le renouveau énergétique d'une formation politique secouée par les défections successives intervenues après les élections européennes.
Cette adhésion populaire en interne conforte Éric Zemmour dans sa certitude : celle d'être toujours la personnalité la plus qualifiée pour porter le projet de la « droite civilisationnelle ». Au sein de son état-major, la répartition des rôles s'organise désormais de façon explicite. Sarah Knafo est promise à une présence « en première ligne » tout au long de la future campagne, jouant à la fois le rôle de stratège, de porte-voix médiatique et de bouclier face aux contestations internes. Ce tandem assume sans détour son intention de peser sur le calendrier électoral, refusant tout ralliement spontané à une candidature unitaire derrière Marine Le Pen ou Jordan Bardella.
L'épreuve impitoyable des sondages face à l'hégémonie du RN
Reste que la réalité des chiffres offre un contraste saisissant avec l'enthousiasme des estrades partisanes. Dans l'ensemble des sondages d'intentions de vote testés pour le premier tour de 2027, le Rassemblement national maintient un socle particulièrement élevé, oscillant fréquemment entre 30 % et 38 % des voix selon les hypothèses d'incarnation. À l'inverse, Reconquête peine pour l'instant à retrouver son élan de l'automne 2021, oscillant dans les enquêtes récentes dans une zone comprise entre 4 % et 7 % des suffrages exprimés.
Cette asymétrie statistique pose une équation complexe pour les stratèges de Reconquête. Alors que le parti lepéniste récolte les fruits de sa stratégie de dédiabolisation et de normalisation parlementaire, Éric Zemmour persiste dans un discours de rupture frontale sur les thématiques régaliennes, migratoires et économiques. Pour exister face à cette vague nationale-populaire, Reconquête parie sur l'essoufflement prématuré du discours du RN, accusé par ses rivaux de tiédeur idéologique et d'ambiguïté économique. Les équipes de campagne misent ainsi sur une radicalité assumée pour réveiller un électorat bourgeois conservateur que les choix économiques du RN pourraient effrayer.
Quelle stratégie d'offre parmi les candidats de droite ?
Le positionnement d'Éric Zemmour repose sur une ligne programmatique distincte, combinant un libéralisme économique prononcé, la défense des valeurs traditionnelles et un durcissement drastique des politiques d'assimilation. Cette offre cherche à attirer les déçus de la droite républicaine traditionnelle, tout en contestant l'hégémonie lepéniste auprès des classes moyennes supérieures.
La tâche est toutefois ardue sur le terrain de la compétition entre les candidats. La scission intervenue au printemps 2024 avec Marion Maréchal a laissé des traces durables au sein des partis conservateurs, dispersant les réseaux militants et affaiblissant les relais financiers. En s'appuyant sur l'influence croissante de Sarah Knafo sur les réseaux sociaux et au Parlement européen, la direction de Reconquête espère contourner le cordon médiatique et séduire une jeunesse diplômée qui rejette les formations classiques sans pour autant s'identifier pleinement aux figures historiques du Rassemblement national.
Un pari politique à haut risque
L'affirmation précoce d'une candidature zemmouriste expose le parti à l'accusation récurrente de division du camp national. Si l'écart mesuré par les instituts de sondage persiste au fil des prochains mois, la pression du « vote utile » exercée par le Rassemblement national s'annoncera redoutable. Éric Zemmour et Sarah Knafo font le choix inverse : considérer que seule une confrontation d'idées non édulcorée permettra de faire émerger une véritable alternative au pouvoir en place.
Le chemin menant au printemps 2027 imposera toutefois de transformer la ferveur des militants en voix tangibles dans les urnes, un saut quantitatif qui dépendra autant de l'évolution de la conjoncture politique nationale que de la capacité du duo à renouveler un discours dont l'effet de surprise s'est largement estompé.
Sources
- Mediapart : https://www.mediapart.fr/journal/politique/130926/la-ferveur-autour-de-sarah-knafo-laisse-croire-eric-zemmour-qu-il-est-le-meilleur-candidat-pour-2027
Synthèse éditoriale Élections 2027.
Rubrique : Candidats




