À l'approche de l'échéance présidentielle, les propositions sur l'immigration se durcissent à droite de l'échiquier politique. Le candidat de la droite républicaine, Bruno Retailleau, vient de franchir un pas décisif en annonçant sa volonté de supprimer le droit du sol. Pour contourner les obstacles juridiques traditionnels, le sénateur de Vendée propose une méthode radicale : une révision de la Constitution permettant de soumettre directement cette question aux Français par référendum. Cette annonce repositionne le débat migratoire au centre de la campagne des candidats pour 2027.

Une révision constitutionnelle pour contourner les blocages

Selon les informations révélées par Le Monde Politique, Bruno Retailleau envisage, en cas de victoire à l'élection présidentielle, de modifier profondément les règles du jeu institutionnel. Son objectif est d'élargir le champ d'application de l'article 11 de la Constitution, qui régit le référendum législatif. Actuellement, cet article limite les consultations populaires aux réformes relatives à l'organisation des pouvoirs publics, à la politique économique, sociale ou environnementale, ainsi qu'aux traités internationaux.

Le candidat souhaite y intégrer explicitement les questions migratoires et de nationalité. Une fois cette révision constitutionnelle adoptée, il entend proposer aux Français de supprimer le droit du sol, ce principe historique qui permet à un enfant né en France de parents étrangers d'obtenir la nationalité française à sa majorité, sous certaines conditions. Pour Bruno Retailleau, le recours direct au peuple est la seule voie démocratique capable de surmonter ce qu'il qualifie de "verrous juridiques", souvent imposés par la jurisprudence du Conseil constitutionnel ou des instances européennes.

Le droit du sol au cœur de la bataille idéologique à droite

Cette proposition n'est pas neutre dans le paysage des partis politiques français. Elle marque une volonté claire de la droite républicaine de saturer l'espace politique sur les thématiques régaliennes, face à la concurrence directe du Rassemblement national. La suppression du droit du sol est une revendication historique de l'extrême droite, désormais endossée par une partie de la droite traditionnelle.

En ciblant le droit du sol, Bruno Retailleau cherche à consolider sa base électorale et à s'imposer comme le champion de la fermeté. Cette stratégie vise également à bousculer les autres prétendants de l'arc républicain, contraints de se positionner sur un sujet hautement clivant. Au sein de sa propre famille politique, cette ligne dure fait consensus, mais elle suscite de vives critiques au centre et à gauche, où l'on dénonce une rupture avec les valeurs républicaines de l'intégration.

Les obstacles juridiques d'un référendum sur l'immigration

La mise en œuvre d'un tel projet s'annonce toutefois complexe. Pour réviser la Constitution afin d'élargir le référendum, un président doit théoriquement passer par l'article 89, qui exige l'accord des deux assemblées (Assemblée nationale et Sénat) dans les mêmes termes, avant une ratification par le Congrès ou par référendum. Or, sans majorité absolue dans les deux chambres, une telle réforme pourrait s'avérer impossible à faire voter.

Certains constitutionnalistes rappellent que l'utilisation directe de l'article 11 pour réviser la Constitution — comme l'avait fait Charles de Gaulle en 1962 pour l'élection du président au suffrage universel direct — reste juridiquement très contestée et pourrait provoquer une crise institutionnelle majeure. De plus, la suppression totale du droit du sol pourrait entrer en conflit avec certains engagements internationaux de la France en matière de droits fondamentaux, un aspect suivi de près au niveau de l'Union européenne.

Quel impact sur la campagne et les sondages ?

L'annonce de Bruno Retailleau intervient dans un contexte où les questions de sécurité et d'identité nationale dominent largement l'agenda médiatique. Les différents sondages d'opinion montrent régulièrement que l'immigration reste l'une des préoccupations majeures des électeurs français, aux côtés du pouvoir d'achat et de la santé. En plaçant le droit du sol au centre de sa plateforme, le candidat républicain espère dicter le tempo de la campagne.

Cette proposition pourrait contraindre ses rivaux à clarifier leurs propres projets sur la nationalité et le contrôle des frontières. Elle dessine également les contours d'un affrontement idéologique majeur pour le scrutin de 2027, où la question de la souveraineté populaire face aux traités internationaux sera un clivage déterminant de la politique nationale.

En liant la question de l'immigration à celle de la démocratie directe, Bruno Retailleau tente un coup politique audacieux pour la présidentielle. Reste à savoir si cette promesse de rupture institutionnelle suffira à convaincre les électeurs de lui confier les clés de l'Élysée, ou si elle se heurtera au scepticisme quant à sa faisabilité réelle.

Sources

  • Le Monde Politique : https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/08/bruno-retailleau-souhaite-supprimer-le-droit-du-sol-par-referendum_6768586_823448.html

Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats