Alors que la droite et le centre cherchent encore la formule magique pour s'unir d'ici l'échéance de 2027, l'hypothèse d'une primaire refait surface dans les débats. Pourtant, du côté d'Horizons, le parti fondé par l'ancien Premier ministre Édouard Philippe, la réponse est catégorique : ce sera non. Invité sur le plateau de BFMTV Politique le 9 septembre, le député Jérémie Patrier-Leitus a douché les espoirs des partisans d'un tel scrutin, invoquant des obstacles matériels et politiques insurmontables.

Ce refus intervient dans un contexte où les sympathisants de droite semblent pourtant réclamer une méthode de sélection claire pour désigner leur champion.

Une base militante favorable, des états-majors réticents

L'idée d'une primaire n'est pas née de nulle part. Un récent sondage publié par Le Figaro indique que 70 % des sympathisants de la droite et du centre sont favorables à l'organisation d'un tel scrutin pour désigner un candidat unique. Pour ces électeurs, la multiplication des candidatures dans le camp modéré fait peser le risque d'une élimination dès le premier tour face au Rassemblement national et à la gauche unie.

Pourtant, la lecture des chiffres diffère grandement entre la base et les dirigeants des différents partis politiques. Pour Jérémie Patrier-Leitus, fidèle soutien d'Édouard Philippe, l'enthousiasme théorique des électeurs se heurte à une réalité pratique implacable. « Est-ce qu'on peut matériellement organiser une primaire ? Nous, on pense que non », a-t-il tranché au micro de BFMTV Politique.

Le député du Calvados pointe du doigt l'absence d'une structure commune capable de superviser un tel processus de manière impartiale. Contrairement à 2016, où le parti Les Républicains (LR) disposait d'un ancrage et d'une hégémonie suffisants pour dicter les règles, le paysage politique actuel de la droite et du centre est éclaté en plusieurs chapelles autonomes : Horizons, Renaissance, le MoDem et LR.

Le spectre des primaires passées et le piège de la division

Au-delà des arguments logistiques, c'est l'expérience historique des primaires en France qui refroidit les ambitions d'Horizons. Les précédents de 2016 et 2021 à droite, tout comme ceux de la gauche en 2011 et 2017, ont laissé des traces indélébiles. Loin d'être des machines à créer de l'unité, ces scrutins se sont souvent transformés en machines à diviser, laissant le vainqueur affaibli par des mois de campagne interne agressive.

Pour les stratèges d'Horizons, une primaire ne ferait qu'exacerber les rivalités personnelles au sein du bloc central et de la droite républicaine. Dans une configuration politique où la marge de manœuvre face aux extrêmes est étroite, une guerre des chefs télévisée pourrait s'avérer destructrice pour l'image de la coalition gouvernementale sortante.

En refusant la primaire, les proches d'Édouard Philippe cherchent également à protéger leur candidat. Déjà officiellement déclaré dans la course à l'Élysée, l'ancien locataire de Matignon mène sa barque de manière autonome. Participer à une primaire l'obligerait à se soumettre à un jeu partisan qu'il tente précisément de dépasser en s'adressant directement aux Français.

Édouard Philippe, le pari du rassemblement naturel

La stratégie d'Horizons repose sur une autre conviction : celle que le leadership ne se décrète pas dans une urne partisane, mais s'impose par la force des sondages et de la stature d'homme d'État. En se positionnant très tôt dans le calendrier pré-présidentiel, Édouard Philippe espère s'imposer comme le recours naturel et inévitable pour l'ensemble de la droite et du centre.

Cette posture de « rassembleur naturel » évite d'avoir à négocier des compromis programmatiques ou des partages de circonscriptions en amont avec des partenaires parfois réticents. Pour le camp Philippe, l'objectif est de créer une dynamique telle que les autres forces politiques, notamment Les Républicains et Renaissance, n'auront d'autre choix que de se rallier à sa candidature pour s'assurer une présence au second tour.

Cependant, ce pari comporte une part de risque. D'autres figures de la majorité et de la droite républicaine nourrissent des ambitions présidentielles et pourraient refuser ce fait accompli. Sans règle du jeu partagée comme celle d'une primaire, le risque d'une prolifération de candidatures au centre droit reste entier, ce qui pourrait paralyser l'action de la droite modérée dans la perspective de l'échéance majeure de la vie politique française.

Sources

  • "Jérémie Patrier-Leitus, député Horizons: 'Est-ce qu'on peut matériellement organiser une primaire? Nous, on pense que non'", BFMTV Politique, 9 septembre 2024. URL : https://www.bfmtv.com/politique/video-jeremie-patrier-leitus-depute-horizons-est-ce-qu-on-peut-materiellement-organiser-une-primaire-nous-on-pense-que-non_VN-202609090744.html

Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats