La publication des derniers résultats de l'enquête Pisa a agi comme un véritable électrochoc au sein de la classe politique française. Reléguée à la 27e place mondiale, loin derrière des territoires asiatiques comme Singapour, Macao ou Hong Kong, la France enregistre une baisse historique de ses performances, notamment en mathématiques et en compréhension écrite. Alors que l'échéance de la prochaine élection présidentielle approche, la question de la reconstruction de l'Éducation nationale s'impose comme un thème de campagne incontournable. Qui, des enseignants, des parents ou des futurs dirigeants, saura redresser le niveau ? Lors d'un débat récent sur la chaîne Public Sénat, élus et experts ont confronté leurs visions, illustrant les clivages profonds qui s'annoncent entre les futurs candidats à l'Élysée.

Un constat de déclin qui fait l'unanimité

Le diagnostic sur l'état de l'école française ne suscite plus guère de contestation. Comme l'a souligné la journaliste Clémence Houdaille lors de l'émission sur Public Sénat, la France se situe désormais dans la « moyenne basse » des pays de l'OCDE, après un long déclin amorcé au cours des deux dernières décennies. Ce décrochage n'est plus une simple alerte, mais une réalité mesurée et documentée qui touche l'ensemble des profils d'élèves, accentuant par ailleurs les inégalités sociales.

Si le constat est partagé de l'extrême gauche à l'extrême droite, les divergences éclatent dès qu'il s'agit d'identifier les causes de cette crise et d'y apporter des solutions structurelles. Pour l'opinion publique, l'école publique est devenue un service en souffrance, souffrant d'un manque d'attractivité du métier d'enseignant et de réformes successives qui ont parfois déstabilisé les équipes pédagogiques. Ce sujet s'annonce d'ores et déjà comme un levier majeur pour les différents partis politiques en quête de crédibilité sur les fonctions régaliennes de l'État.

Le bilan du décennat Macron sous le feu des critiques

Au cœur des discussions politiques, le bilan de la majorité sortante cristallise les tensions. Défendant l'action gouvernementale, la députée Céline Calvez (EPR) refuse de faire du « décennat Macron » le bouc émissaire de ce déclin. Selon les partisans de la majorité, des mesures phares comme le dédoublement des classes de CP et CE1 en zone d'éducation prioritaire ou la revalorisation salariale des enseignants constituent des bases solides qui nécessitent du temps pour porter leurs fruits.

À l'inverse, l'opposition de gauche, représentée lors du débat par le sénateur socialiste Alexandre Ouizile, dénonce une politique de saupoudrage et une déconnexion des réalités du terrain. Pour la gauche, la priorité absolue doit être la réduction globale des effectifs par classe sur l'ensemble du territoire, et non pas uniquement dans les zones prioritaires. Ce débat sur les moyens financiers et humains sera l'un des grands axes de confrontation politique lors de la campagne présidentielle, opposant une vision managériale et ciblée de l'éducation à une approche de refinancement global du service public.

Écrans et réseaux sociaux : un défi sociétal transpartisan

Au-delà des clivages traditionnels sur les budgets et les statuts, un consensus émerge sur un facteur perturbateur majeur : l'impact des écrans et des réseaux sociaux sur l'attention et les capacités cognitives des jeunes. Les intervenants s'accordent à dire que la surexposition aux smartphones nuit gravement aux apprentissages fondamentaux, en particulier à la lecture régulière.

Face à ce constat, les propositions de régulation se multiplient. Plutôt qu'une interdiction pure et simple, difficile à appliquer hors du cadre scolaire, certains élus préconisent un « aiguillage » actif des algorithmes vers des contenus éducatifs. L'idée de transformer les réseaux sociaux en vecteurs d'apprentissage, ou du moins d'y imposer des quotas de contenus pédagogiques, fait son chemin. Cette thématique, qui touche directement au quotidien des familles, pourrait permettre à certains prétendants à l'Élysée de formuler des propositions innovantes et transpartisanes, capables de séduire un électorat parental inquiet.

L'école, terrain d'affrontement idéologique pour 2027

À mesure que s'égrène le calendrier électoral, l'éducation s'affirme comme un miroir des projets de société portés par chaque camp. Pour la droite et l'extrême droite, la réponse au déclin scolaire passera par un retour à l'autorité, une revalorisation des filières professionnelles précoces et une concentration stricte sur les savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter).

Pour la gauche et les écologistes, l'accent sera mis sur l'inclusion, le bien-être des élèves, la mixité sociale au sein des établissements et une refonte des rythmes scolaires. Quant au centre, il tentera de défendre une voie médiane axée sur l'autonomie des établissements et la personnalisation des parcours.

La capacité des prétendants à proposer un projet éducatif cohérent, capable de redonner confiance aux enseignants et de rassurer les parents, sera l'une des clés du scrutin de 2027. Dans un pays historiquement attaché à son modèle républicain d'ascenseur social, l'école ne sera pas un sujet secondaire, mais bien le cœur battant du débat démocratique à venir.

Sources

  • Public Sénat : https://www.publicsenat.fr/emission/bonjour-chez-vous/bonjour-chez-vous-26-09-09-me-p3-e0

Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats