Alors que les tensions internationales pèsent lourdement sur les cours des hydrocarbures, le secrétaire national du Parti communiste français remet la souveraineté industrielle au centre des débats. Dans une prise de parole remarquée, Fabien Roussel appelle à une reprise de contrôle intégrale du géant pétrolier par l’État.

Dans une tribune accordée à Libération Politique, le dirigeant communiste détaille une proposition économique radicale : la nationalisation pure et simple de TotalEnergies. Constatant que l'escalade des conflits au Moyen-Orient et l'instabilité géopolitique mondiale gonflent à nouveau les marges des multinationales de l'énergie, Fabien Roussel entend transformer cette rente privée en levier d'action publique. Pour l'ancien candidat à l'Élysée, déjà engagé dans la préparation de l'échéance présidentielle, il s'agit à la fois d'endiguer la flambée des prix des carburants à la pompe et de refonder un État stratège capable de piloter la bifurcation écologique.

Une offensive frontale contre les superprofits pétroliers

L'argumentaire développé par le responsable du PCF repose sur un constat récurrent au sein de la gauche : la déconnexion perçue entre les bénéfices records enregistrés par les majors pétrolières et les difficultés quotidiennes des ménages. Selon le député du Nord, les crises régionales et les tensions sur l'offre d'or noir profitent mécaniquement aux actionnaires de TotalEnergies, tandis que les automobilistes et les entreprises françaises subissent de plein fouet l'inflation énergétique.

Pour y remédier, la nationalisation est présentée non pas comme une mesure punitive, mais comme un outil de souveraineté nationale. En reprenant la main sur les actifs, le raffinage et la distribution du groupe, la puissance publique disposerait de leviers directs pour bloquer les tarifs, réorienter les investissements vers les énergies décarbonées et sanctuariser l'approvisionnement national. Cette proposition ravive une tradition d'interventionnisme public que la scène politique française n'avait plus observée à cette échelle depuis les grandes vagues de nationalisations du début des années 1980.

L'énergie au cœur de la bataille des sondages et du pouvoir d'achat

Sur le plan stratégique, cette prise de position intervient dans un climat où le pouvoir d'achat demeure la préoccupation numéro un des Français. Les différentes études d'opinion et les récents sondages d'intentions de vote pour la présidentielle confirment que la question des factures d'électricité, de gaz et d'essence surdétermine le jugement des électeurs, bien avant les considérations institutionnelles ou internationales.

Pour Fabien Roussel, l'enjeu est également interne à son camp. Crédité de scores modestes dans les enquêtes d'opinion face à d'autres figures de gauche, le dirigeant communiste cherche à marquer sa singularité face aux autres potentiels candidats de son espace politique. En ciblant frontalement une entreprise emblématique du CAC 40, il tente de conjuguer le discours ouvriériste axé sur le pouvoir d'achat immédiat avec les exigences de la transition écologique, deux dimensions souvent difficiles à réconcilier dans les programmes de gauche.

Le succès d'une telle initiative dans l'opinion publique reste toutefois à mesurer. Si l'idée de baisser autoritairement les prix du carburant rencontre une large adhésion populaire, le recours à la nationalisation totale suscite traditionnellement des réserves chez les électeurs modérés et les observateurs économiques, qui s'interrogent sur son coût budgétaire et sa conformité avec le cadre juridique européen.

Un défi juridique, financier et idéologique

La concrétisation d'un tel projet soulève en effet d'immenses défis pratiques. Avec une capitalisation boursière dépassant largement les cent milliards d'euros, racheter TotalEnergies représenterait un effort colossal pour les finances publiques de l'État, déjà lourdement endetté. À cela s'ajoutent les règles européennes relatives à la concurrence et à la libre circulation des capitaux, sans oublier la présence internationale massive du groupe, dont l'essentiel des gisements et des marchés se situe hors des frontières de l'Hexagone.

Néanmoins, les partisans de la mesure font valoir que les dividendes massifs versés chaque année aux actionnaires pourraient, une fois redirigés vers le Trésor public, amortir progressivement le coût de l'opération. Ce clivage annonce des débats économiques intenses entre les tenants d'une régulation par la fiscalité — via une taxe sur les superprofits — et les partisans d'une rupture structurelle par la propriété publique.

Les prémices des grandes manœuvres pour 2027

À mesure que le calendrier électoral avance vers le scrutin présidentiel, chaque formation affine ses marqueurs programmatiques. La sortie de Fabien Roussel témoigne d'une volonté précoce de ne pas laisser le terrain de la colère sociale au seul Rassemblement national, qui fait lui aussi du prix de l'énergie l'un de ses angles d'attaque privilégiés.

En posant la question de la propriété des moyens de production énergétique, le secrétaire national du PCF adresse un message clair à ses partenaires de gauche comme au camp gouvernemental : la prochaine campagne présidentielle ne pourra pas faire l'économie d'un débat de fond sur le rôle de l'État dans l'économie de marché. Reste à savoir si cette proposition audacieuse suffira à dynamiser sa courbe d'intentions de vote dans les mois à venir.

Sources

  • Libération Politique : https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/nationalisons-totalenergies-pour-reprendre-en-main-notre-destin-energetique-par-fabien-roussel-20261002_45AMIWLZLBHLTOAZEEGEDRE4BY

Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats