En déplacement devant les professionnels du bâtiment réunis lors d'un salon professionnel à Paris, Marine Le Pen a esquissé une nouvelle mesure économique ciblée : instaurer une « préférence de localisation » dans les commandes et les chantiers de construction. Confrontée à la crise aiguë qui frappe le secteur immobilier et les travaux publics, la triple candidate à l'élection présidentielle cherche à conjuguer sa doctrine de protection économique avec les attentes concrètes des artisans et chefs d'entreprise locaux.

Une déclinaison territoriale du protectionnisme économique

Face aux acteurs de la filière venus partager leur inquiétude face à la chute de l'activité, la cheffe de file du Rassemblement national a choisi de déplacer le curseur lexical. Comme l'a rapporté BFMTV Politique, la députée du Pas-de-Calais a suggéré le principe d'une « préférence de localisation », une formule qui entend favoriser les entreprises implantées à proximité immédiate des chantiers dans l'attribution des marchés de construction et de rénovation.

L'objectif affiché consiste à réserver en priorité les retombées économiques de la commande publique et des grands projets d'aménagement aux acteurs économiques du bassin d'emploi concerné. Cette approche fait écho au concept récurrent de « priorité nationale » défendu de longue date par le mouvement mariniste, mais se drape ici d'une dimension purement territoriale et d'ancrage local. Pour Marine Le Pen, il s'agit de court-circuiter le recours aux travailleurs détachés et à la sous-traitance en cascade, souvent pointés du doigt par les artisans français confrontés à une concurrence jugée déloyale.

En insistant sur la proximité géographique plutôt que sur la seule nationalité juridique des structures, le discours cherche à rassurer les organisations professionnelles. Cette proposition permet également au parti d'aborder les questions d'aménagement du territoire sous l'angle du soutien direct au tissu des très petites entreprises (TPE) et des PME, piliers de l'artisanat français.

Le secteur du bâtiment, terrain d'affrontement pour 2027

Le calendrier de cette prise de parole ne doit rien au hasard. Le secteur du logement traverse l'une des crises les plus sévères de ces dernières décennies : flambée des taux d'intérêt, raréfaction du foncier, hausse continue du coût des matériaux et blocage de l'accès au crédit pour les primo-accédants. Les mises en chantier de logements neufs se sont effondrées, plongeant les promoteurs, architectes et artisans dans un climat de vive incertitude.

Dans l'optique de la présidentielle de 2027, le pouvoir d'achat, la solvabilité des ménages et l'accès au toit s'annoncent comme des thématiques déterminantes. L'ensemble des candidats déclarés ou pressentis tente d'élaborer une réponse adaptée aux inquiétudes de la Fédération Française du Bâtiment (FFB) et de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB).

En investissant ce domaine, Marine Le Pen veut prouver la maturité de son programme sur le terrain de l'économie productive. Alors que le gouvernement a souvent été accusé par la filière d'avoir tardé à prendre la mesure du marasme immobilier, l'opposition entend capitaliser sur le mécontentement des entrepreneurs de province, souvent très influents dans les territoires périurbains et ruraux.

Le défi de la faisabilité juridique et constitutionnelle

Derrière la formule politique, la mise en œuvre effective d'une telle mesure se heurte toutefois à d'importants obstacles de droit. Le Code de la commande publique en France, largement adossé aux directives européennes, repose sur les principes cardinaux de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures.

Imposer une clause de « préférence de localisation » stricte reviendrait à introduire un critère géographique d'exclusion ou de surévaluation, pratique que le Conseil d'État et la Cour de justice de l'Union européenne censurent régulièrement au nom du refus de toute discrimination territoriale et du principe de libre concurrence. Pour contourner ces freins, les partisans de la mesure évoquent la possibilité d'intégrer des critères environnementaux renforcés — comme le bilan carbone lié aux trajets des équipes et à l'acheminement des matériaux — afin de favoriser indirectement les circuits courts sans violer ouvertement les règles communautaires.

La question de la faisabilité technique constituera sans doute un axe d'attaque majeur pour les opposants du Rassemblement national, qui ne manquent jamais de questionner la viabilité juridique des promesses de la droite nationaliste au regard des traités européens.

Une cible électorale stratégique pour le Rassemblement national

Sur le plan stratégique, cette incursion au salon du bâtiment illustre la volonté de Marine Le Pen d'asseoir son influence auprès de la France laborieuse indépendante. Longtemps distancé chez les indépendants, commerçants et chefs d'entreprise au profit de la droite traditionnelle, le RN a progressivement comblé son retard auprès de ces catégories socioprofessionnelles lors des derniers scrutins nationaux.

En adaptant son discours souverainiste aux impératifs concrets d'un carnet de commandes en berne, la députée cherche à consolider cette base tout en élargissant son assise auprès des classes moyennes touchées par la pénurie de logements. Dans le jeu de la compétition politique, cette initiative oblige ses rivaux à préciser à leur tour leurs propositions pour relancer une filière qui conditionne des centaines de milliers d'emplois dans l'Hexagone.

À l'approche des prochaines échéances électorales, le débat sur le logement promet ainsi d'opposer des visions radicalement divergentes, entre partisans d'un choc d'offre dérégulé, tenants d'un encadrement renforcé du marché et promoteurs d'un protectionnisme de proximité.

Sources

  • BFMTV Politique : https://www.bfmtv.com/politique/elections/presidentielle/video-construction-marine-le-pen-suggere-l-idee-d-une-preference-de-localisation_VN-202609280536.html

Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats