Le bras de fer géopolitique entre Moscou et les capitales occidentales vient de franchir un nouveau cap sur le terrain économique. Par un décret signé par le président russe Vladimir Poutine, les actifs locaux de plusieurs multinationales européennes, dont la chaîne française de grande distribution Auchan, l'enseigne Lemana Pro (ex-Leroy Merlin) et le géant suisse de l'agroalimentaire Nestlé, ont été placés sous la gestion temporaire d'une même entité russe. Cette confiscation de fait a immédiatement suscité de vives réactions sur l'échiquier politique français, à commencer par celle des dirigeants du Rassemblement national.

Dénonçant une agression directe contre les intérêts économiques nationaux, Marine Le Pen et Jordan Bardella sont montés au créneau pour réclamer une fermeté exemplaire de la part de l'exécutif français. Cette prise de parole intervient à un moment charnière où les états-majors affûtent leur discours régalien dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027.

Le décret du Kremlin qui dépouille les fleurons occidentaux

La décision moscovite officialise une politique de rétorsion déjà esquissée depuis plusieurs mois à l'égard des entreprises originaires de pays jugés « inamicaux » par la Fédération de Russie. Auchan et l'ancienne filiale de Leroy Merlin, devenue Lemana Pro en 2024, faisaient partie des rares grands groupes français à avoir maintenu des activités significatives sur le sol russe après le déclenchement de la guerre en Ukraine, bravant les critiques morales et les contraintes logistiques pour préserver leurs investissements massifs et leurs milliers d'employés locaux.

En transférant le contrôle opérationnel de ces entités à une structure sous influence russe, Moscou neutralise le pouvoir décisionnel des actionnaires européens. Pour les spécialistes de l'intelligence économique, il s'agit d'une expropriation déguisée qui prive les investisseurs occidentaux de la jouissance de leur outil de production. Ce durcissement illustre l'impasse dans laquelle se trouvent les multinationales européennes, désormais otages des tensions diplomatiques croissantes entre le continent et la Russie.

La fermeté affichée du tandem Le Pen-Bardella

Interrogés sur cette décision unilatérale de Moscou, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont réagi de manière catégorique. Comme l'a rapporté BFMTV Politique, les deux figures de proue du Rassemblement national ont affirmé d'une même voix que « toute action hostile » touchant les intérêts français « doit faire l'objet d'une réponse ». Pour les deux responsables, l'État ne peut rester passif face à la spoliation de groupes qui emploient et investissent, même indirectement, dans l'écosystème économique hexagonal.

Cette prise de position marque une volonté de se poser en protecteurs intransigeants de la souveraineté nationale. Jordan Bardella a insisté sur la nécessité de faire respecter la France sur la scène internationale, suggérant que l'absence de réciprocité ou de riposte affaiblirait durablement le poids diplomatique de Paris. Marine Le Pen, pour sa part, a rappelé que la protection des capitaux, des savoir-faire et des entreprises tricolores à l'étranger relève de la compétence régalienne la plus stricte, appelant le gouvernement en place à sortir de ce qu'elle qualifie d'inertie face aux provocations étrangères.

Un repositionnement géopolitique calculé en vue de 2027

Cette fermeté affichée envers le pouvoir russe s'inscrit au cœur d'une stratégie de normalisation institutionnelle menée par les candidats potentiels du mouvement nationaliste. Longtemps critiqué par ses opposants pour ses positions jugées complaisantes envers Vladimir Poutine ou pour d'anciens emprunts bancaires contractés en Russie, le Rassemblement national s'emploie à gommer cette vulnérabilité politique.

À mesure que les échéances électorales se profilent, le parti cherche à prouver sa maturité géopolitique auprès d'un électorat attentif à la crédibilité diplomatique des prétendants à l'Élysée. Dans les sondages, les questions de défense et de posture internationale prennent un poids grandissant, accentué par les conflits aux portes de l'Union européenne. En adoptant une ligne dure face aux spoliations russes, le duo Le Pen-Bardella entend démontrer qu'une fois au pouvoir, il appliquerait une doctrine de fermeté bilatérale sans alignement partisan ni faiblesse idéologique.

Les répercussions d'une guerre économique durable

L'épisode relance également le débat national sur les sanctions et la sécurité des investissements stratégiques. Alors que le gouvernement d'Emmanuel Macron tente de coordonner ses réponses à l'échelle de l'Europe, l'opposition de droite comme de gauche s'empare de ces tensions pour mesurer l'efficacité de la diplomatie française. Comment répondre à un décret présidentiel russe sans pénaliser davantage les entreprises concernées ? Le gel des avoirs souverains russes en France et l'adoption de mesures de rétorsion douanières ciblées figurent parmi les pistes régulièrement évoquées dans les états-majors.

À l'approche des débats programmatiques pour 2027, la souveraineté économique s'impose comme un thème transversal. Pour les prétendants à la magistrature suprême, il ne s'agit plus seulement de disserter sur le pouvoir d'achat, mais d'expliquer comment naviguer dans un monde fragmenté où les règles du commerce international sont ouvertement bafouées par les grandes puissances rivales.

Sources

  • BFMTV Politique : https://www.bfmtv.com/politique/video-prise-de-controle-temporaire-des-actifs-d-auchan-et-de-nestle-en-russie-toute-action-hostile-en-france-doit-faire-l-objet-d-une-reponse-affirment-marine-le-pen-et-jordan-bardella_VN-202609190193.html

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