Face à une campagne électorale qui risque de s'enfermer dans des polémiques à court terme, la société civile s'organise pour tenter de fixer l'ordre du jour. Figure influente du débat sur la transition énergétique et président du think tank The Shift Project, l'ingénieur Jean-Marc Jancovici entend peser de tout son poids sur l'échéance majeure de 2027. Ce samedi marque le coup d'envoi de sa nouvelle initiative intitulée « Un commun accord », une assemblée citoyenne indépendante conçue pour contraindre les états-majors à aborder les mutations structurelles du pays.
Cette démarche collaborative s'étendra jusqu'en février, avec pour ambition de formuler des orientations claires sur des arbitrages majeurs, mêlant contraintes écologiques, résilience économique et impératifs géopolitiques.
Une initiative indépendante pour bousculer l'agenda
Comme le rapporte L'Obs Politique, cette première séance de travail marque le point de départ d'un processus délibératif d'envergure. « Un commun accord » a vocation à réunir des profils variés pour réfléchir sans fard aux « grands choix engageant l’avenir du pays ». Contrairement aux initiatives passées nées d'injonctions institutionnelles, ce collectif se veut totalement indépendant de l'appareil d'État et des partis.
Pour asseoir la crédibilité scientifique et stratégique de l'assemblée, plusieurs personnalités de premier plan ont accepté d'en être les premiers intervenants. Parmi elles figurent la climatologue et ancienne coprésidente du GIEC Valérie Masson-Delmotte, l'économiste Selma Mahfouz — co-autrice du rapport remarqué sur les incidences économiques de l'action pour le climat avec Jean Pisani-Ferry — ainsi que l'amiral Pascal Ausseur, directeur de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques.
La présence conjointe de ces experts illustre une volonté d'élargir le spectre traditionnel de l'écologie politique. Il ne s'agit plus seulement de dresser un constat des dérèglements climatiques, mais de confronter les besoins de souveraineté nationale, la stabilité macroéconomique et les limites physiques des ressources. Cette grille de lecture globale cherche à s'imposer aux futurs candidats déclarés à l'Élysée, en les poussant à détailler la faisabilité matérielle de leurs programmes respectifs.
Dépasser le traumatisme de la Convention citoyenne
Le format de l'assemblée citoyenne rappelle inévitablement la Convention citoyenne pour le climat (CCC) organisée entre 2019 et 2020. Cependant, le projet porté par Jean-Marc Jancovici tente d'en tirer les leçons. La CCC avait vu bon nombre de ses 149 propositions édulcorées ou écartées lors du passage par le filtre parlementaire et exécutif, nourrissant une amertume durable au sein des organisations écologistes.
En se positionnant en amont du scrutin présidentiel, « Un commun accord » s'affranchit du parrainage du pouvoir en place. Les travaux ne visent pas à remettre un rapport à un exécutif sortant, mais à construire un cahier d'exigences et de solutions opposables à l'ensemble du spectre politique. L'objectif affiché est d'armer les électeurs d'indicateurs précis pour juger du sérieux des promesses de campagne.
Le choix du calendrier n'a rien d'anodin : en bouclant ses délibérations en février, le collectif se positionne juste avant l'accélération décisive du calendrier électoral. Cette séquence permettra de diffuser ses conclusions au moment où les partis finalisent leurs plateformes programmatiques et cherchent à séduire l'électorat sensible aux enjeux environnementaux.
Face aux priorités des électeurs, un défi de méthode
Reste à savoir comment cette démarche sera accueillie dans l'arène publique. Si la popularité de Jean-Marc Jancovici est indéniable, portée notamment par le succès de sa bande dessinée pédagogique Le Monde sans fin, ses prises de position en faveur de la sobriété contrainte et du nucléaire clivent régulièrement la classe politique. De l'extrême gauche aux souverainistes de droite, la remise en question du modèle de croissance infinie suscite des réserves doctrinales profondes.
De surcroît, les préoccupations quotidiennes actuelles des Français demeurent dominées par la baisse du pouvoir d'achat, l'état des services publics et l'insécurité, comme en attestent les derniers sondages. Réussir à raccorder ces angoisses immédiates à des impératifs de long terme comme la dépendance énergétique ou la décarbonation de l'industrie représentera le principal test pour les membres d'« Un commun accord ».
En introduisant une méthode fondée sur la rigueur scientifique et l'évaluation budgétaire des trajectoires physiques, l'ingénieur cherche à éviter un débat électoral polarisé sur de simples slogans. Les mois à venir détermineront si cette assemblée réussira à imposer ses thématiques ou si elle restera cantonnée à un rôle d'observateur technique dans une campagne traditionnellement dominée par les affrontements partisans et les logiques de communication.
Sources
- L'Obs Politique : https://www.nouvelobs.com/politique/20260919.OBS118396/comment-jean-marc-jancovici-veut-peser-sur-la-presidentielle-2027-avec-son-assemblee-citoyenne.html
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