Invité sur le plateau de BFM TV, le président de Reconquête et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, Éric Zemmour, a relancé les passes d'armes sur l'avenir du modèle social français. Le dirigeant politique a affirmé que le Japon et la Chine recouraient désormais massivement aux robots plutôt qu’aux travailleurs immigrés pour prendre en charge leurs personnes âgées dépendantes. Destinée à contester l’idée selon laquelle les flux migratoires constitueraient une nécessité démographique pour combler les pénuries de personnel dans les métiers du soin, cette assertion mérite toutefois une confrontation rigoureuse avec les faits économiques et sociaux observables en Asie.

Une stratégie de conciliation entre frontières closes et grand âge

Dans la perspective de la course à l’Élysée, la maîtrise absolue des flux migratoires demeure l'axe cardinal du projet porté par Éric Zemmour. Face aux objections récurrentes des acteurs socio-économiques, qui rappellent les tensions extrêmes de recrutement dans les maisons de retraite et les services d'aide à domicile, le candidat entend prouver qu'une alternative technologique viable existe. Comme l'a documenté une vérification publiée par 20 Minutes Politique, cette déclaration vise à accréditer l'idée qu'un pays développé peut endiguer son vieillissement sans ouvrir ses portes à de la main-d'œuvre étrangère.

Pour l'ancien polémiste, les nations asiatiques feraient figure de précurseurs vertueux en automatisant les tâches de prise en charge de la dépendance. Cette rhétorique permet à son parti d'inscrire son agenda sécuritaire et identitaire dans une modernité technologique supposée indolore. Néanmoins, l'observation des politiques publiques réellement mises en œuvre à Tokyo et à Pékin montre que la substitution du personnel de santé par des automates se heurte à d'importantes limites concrètes, tant financières qu'humaines.

Le cas du Japon : les limites du modèle robotique face à la réalité humaine

Pionnier mondial de la mécatronique, le Japon constitue un laboratoire démographique souvent cité dans le débat politique. Confronté au vieillissement le plus rapide de la planète, avec près de 30 % d'habitants âgés de plus de 65 ans, l'archipel nippon a injecté des centaines de millions d'euros dès les années 2000 dans la robotique d'assistance : lits automatisés, exosquelettes d'aide au portage pour les soignants ou encore robots compagnons interactifs à vocation thérapeutique.

Cependant, le déploiement à grande échelle a rencontré des obstacles majeurs. Le coût d'achat et d'entretien de ces dispositifs reste hors de portée de nombreux établissements. Surtout, la prise en charge des personnes vulnérables exige des compétences d'écoute, d'empathie, de stimulation cognitive et une dextérité fine que l'intelligence artificielle ne parvient pas à synthétiser. Les patients eux-mêmes, tout comme leurs familles, ont manifesté une nette réticence face à une prise en charge trop déshumanisée.

Loin d'avoir banni l'immigration au profit exclusif des machines, le gouvernement conservateur japonais s'est résolu à créer, en 2019, des visas de travail spécifiques pour pallier l'urgence. Ces dispositifs légaux ont permis d'attirer des dizaines de milliers de soignants en provenance des Philippines, du Vietnam ou d'Indonésie. Si l'ouverture demeure très encadrée, le Japon n'a en aucun cas remplacé ses aides-soignants par des robots.

La Chine et le grand âge : le rôle invisible des migrations internes

La situation chinoise obéit à une logique démographique différente mais tout aussi exigeante. Sous l'effet prolongé de l'ancienne politique de l'enfant unique, la Chine vieillit plus vite qu'elle ne s'enrichit. Bien que le gouvernement central ambitionne de dominer l'intelligence artificielle mondiale, la gestion quotidienne du grand âge demeure presque intégralement assurée par des bras humains.

Si Pékin n'accueille pas de contingents importants de travailleurs internationaux, la République populaire dispose d'une soupape démographique que les démocraties occidentales n'ont pas : une gigantesque population de travailleurs migrants de l'intérieur, les mingong. Ce sont ces millions de femmes et d'hommes issus des provinces rurales défavorisées qui occupent les emplois d'auxiliaires de vie dans les métropoles côtières pour des rémunérations modestes. Les robots de soin y restent confinés à des vitrines promotionnelles ou à quelques résidences de grand luxe, sans constituer une réponse structurelle à l'échelle d'un pays de 1,4 milliard d'habitants.

Un débat révélateur des tensions programmatiques pour 2027

La controverse soulevée par les propos d'Éric Zemmour met en lumière les arbitrages profonds qui attendent les candidats à l'élection suprême. La question de l'économie du soin révèle une fracture idéologique nette : d'un côté, ceux qui estiment que le recours à des travailleurs étrangers formés est incontournable pour accompagner la perte d'autonomie des générations du baby-boom ; de l'autre, les tenants d'un arrêt complet de l'immigration qui parient sur une automatisation hypothétique pour préserver l'équilibre démographique.

Alors que les sondages mesurent une inquiétude constante des citoyens quant à la détérioration de l'hôpital public et des structures d'accueil des aînés, la campagne présidentielle obligera l'ensemble des prétendants à dépasser les slogans. L'illusion d'une transition indolore vers le tout-robotique esquive la véritable question du financement, de la pénibilité et de l'attractivité salariale des métiers de l'aide à la personne, des enjeux que la technologie seule ne saurait résoudre.

Sources

  • 20 Minutes Politique : https://www.20minutes.fr/politique/4246513-20260918-chine-japon-remplacent-travailleurs-immigres-robots?at_medium=display&at_campaign=149

Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats