À l'approche de l'élection présidentielle, la recomposition du paysage médiatique français s'accélère en coulisses. Alors qu'il a déjà façonné un pôle d'influence majeur à travers les canaux traditionnels que sont la télévision, la radio et la presse écrite, l'homme d'affaires Vincent Bolloré a jeté son dévolu sur les nouveaux médias vidéo prisés par les moins de trente-cinq ans. Ces manœuvres éclairent les grandes manœuvres d'influence destinées à capter un électorat jeune, volatil et traditionnellement rétif aux médias d'information classiques.
La quête stratégique d'une audience jeune et connectée
Selon les informations révélées par L'Obs Politique, Vincent Bolloré a successivement approché les dirigeants des médias pure players Brut puis Konbini afin d'en prendre le contrôle. Ces deux marques, nées sur les réseaux sociaux et spécialisées dans les formats vidéo courts, constituent aujourd'hui des carrefours incontournables de l'information pour les jeunes générations.
L'empire médiatique piloté par le groupe Vivendi et la famille Bolloré s'est jusqu'à présent consolidé autour d'actifs historiques puissants : CNews, Canal+, Europe 1, le Journal du Dimanche ou encore Paris Match. Cependant, le lectorat et les téléspectateurs de ces supports affichent une moyenne d'âge souvent supérieure à cinquante ans. Pour peser de manière globale sur la politique nationale et orienter le débat public lors de la prochaine échéance électorale, conquérir les plateformes comme TikTok, Instagram et YouTube représente un impératif stratégique.
Brut, fort de ses dizaines de millions de vues mensuelles, et Konbini, pionnier de la culture pop et des interviews décalées, disposent d'un accès direct à des millions de primo-votants. Pour un groupe en quête de rayonnement idéologique et d'optimisation publicitaire, l'intégration de tels fleurons numériques aurait permis de combler un angle mort générationnel majeur avant que ne s'ouvre le calendrier officiel de la campagne présidentielle.
Les coulisses de négociations avortées
D'après l'enquête menée par les journalistes Clément Lacombe et Camille Vigogne Le Coat pour L'Obs Politique, ces tentatives d'acquisition n'ont toutefois pas abouti. Les discussions engagées avec les actionnaires et les fondateurs de Brut, puis plus tard avec ceux de Konbini, se sont heurtées à plusieurs obstacles de taille.
Le premier écueil réside dans l'identité éditoriale et la culture interne de ces rédactions. Brut comme Konbini ont bâti leur modèle sur des thématiques progressistes : la lutte contre le réchauffement climatique, les droits des minorités, la justice sociale ou les discriminations de genre. Un positionnement à l'opposé de la ligne conservatrice et identitaire imprimée sur les antennes de CNews ou dans les colonnes du JDD. L'éventualité d'une prise de contrôle par l'actionnaire breton a suscité de vives inquiétudes au sein des équipes de journalistes, craignant un exode des talents et un rejet immédiat par leur communauté de followers.
Par ailleurs, les questions de valorisation financière et de gouvernance ont pesé lourd. Les modèles économiques des médias sociaux demeurent fragiles, oscillant entre rentabilité publicitaire et partenariats sponsorisés, ce qui rend toute transaction complexe sans garanties mutuelles sur l'indépendance de la ligne éditoriale.
L'impact sur la bataille de l'opinion et les sondages
Cette offensive démontre à quel point la bataille pour l'élection de 2027 se jouera sur le terrain numérique. Les dernières enquêtes d'opinion et les sondages d'intentions de vote montrent régulièrement une fragmentation spectaculaire du comportement électoral chez les 18-24 ans. Cette tranche d'âge se caractérise à la fois par une abstention structurelle très élevée et par une polarisation accrue vers les extrémités de l'échiquier partisan.
Pour les différents candidats déclarés ou pressentis, la capacité à s'adresser directement à cette jeunesse désabusée sera l'une des clés du premier tour. La maîtrise d'un canal de diffusion capable de viraliser des thématiques, de valoriser certaines prises de parole ou de reléguer d'autres sujets au second plan confère un avantage compétitif considérable.
En tentant d'agréger ces plateformes à son écosystème, l'état-major du groupe Bolloré cherchait à diversifier ses vecteurs de prescription. Si la greffe n'a pas pris avec Brut et Konbini, la volonté d'investir massivement l'espace numérique témoigne d'un basculement de l'influence politique vers les formats courts et algorithmiques, au détriment des traditionnelles émissions de plateau.
Une recomposition médiatique scrutée de près
L'échec de ces rachats ne signifie pas pour autant la fin des ambitions numériques des grands groupes de presse et d'audiovisuel. Alors que le régulateur des médias, l'Arcom, examine de plus en plus attentivement le respect du pluralisme sur les chaînes de télévision traditionnelles, le web échappe en grande partie à ces contraintes de temps de parole strictes.
Les états-majors des différents partis politiques observent ces grandes manœuvres avec la plus grande vigilance. La concentration des médias entre les mains de quelques industriels reste un sujet de controverse récurrent, régulièrement dénoncé à gauche et au centre, tandis que d'autres y voient une saine concurrence face aux médias de service public.
À trois ans du scrutin suprême, la guerre des canaux de diffusion ne fait que commencer. Entre création de formats maison, recrutements d'influenceurs et potentielles futures tentatives d'OPA, la conquête des jeunes électeurs dictera en partie la stratégie des capitaines d'industrie médiatique.
Sources
- L'Obs Politique : https://www.nouvelobs.com/politique/20260911.OBS118151/vincent-bollore-a-tente-d-acheter-brut-puis-konbini-avant-l-election-presidentielle-de-2027-voici-pourquoi.html
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