Invité sur le plateau de BFMTV Politique, Jérôme Guedj a surpris observateurs et adversaires en prenant un engagement institutionnel fort. Alors que la course à l’Élysée s’accélère et que les forces progressistes préparent leurs primaires internes, le député de l'Essonne a formulé une promesse à contre-courant des habitudes de la Ve République : refuser de dissoudre le Palais-Bourbon au lendemain d’une éventuelle accession au pouvoir.

Cette prise de position, formulée dans une anaphore rappelant la célèbre tirade de François Hollande en 2012 (« Moi président de la République, je ne dissous pas l’Assemblée nationale »), soulève de nombreuses questions sur la manière d'exercer le pouvoir suprême dans un paysage partisan profondément fragmenté.

Une rupture nette avec les automatismes de la Ve République

Depuis l'instauration du quinquennat et l'inversion du calendrier électoral en 2002, la coutume républicaine voulait qu'une élection présidentielle soit immédiatement suivie d'élections législatives. Ce mécanisme avait pour but d'offrir au nouveau chef de l'État une majorité parlementaire cohérente, transformant souvent l'Assemblée nationale en simple chambre d'enregistrement du programme présidentiel.

En rompant avec ce réflexe, Jérôme Guedj propose un changement de paradigme. Candidat déclaré à la primaire interne de sa formation, il entend réhabiliter la primauté du Parlement et s'éloigner de l'hyper-présidentialisme. Selon le parlementaire socialiste, le chef de l'État ne devrait plus chercher à fabriquer artificiellement une majorité aux ordres, mais plutôt composer avec la représentation nationale telle qu'elle a été désignée par les citoyens lors des scrutins précédents. Ce positionnement cherche à séduire un électorat lassé de la verticalité du pouvoir, tout en s'inscrivant dans les réflexions de fond sur la modernisation de notre vie politique.

L'ombre persistante de la dissolution de 2024

L'engagement pris par Jérôme Guedj devant les caméras de BFMTV Politique résonne tout particulièrement avec le traumatisme causé par la dissolution surprise de juin 2024. Décidée par Emmanuel Macron au soir des élections européennes, cette mesure avait plongé la France dans une impasse parlementaire sans précédent, accouchant d'un hémicycle tripartitionné et difficilement gouvernable.

Pour les députés de gauche comme de droite, l'usage jugé solitaire et brutal de l'article 12 de la Constitution a durablement abîmé les équilibres institutionnels. En promettant de ne pas recourir à cette arme constitutionnelle, Jérôme Guedj tente de rassurer les parlementaires et les électeurs sur la stabilité des mandats. Il s'agit également de tirer les leçons d'une crise où la dissolution, loin de clarifier les rapports de force, a accentué les blocages et renforcé les extrêmes. Le député entend ainsi montrer qu'une alternance ne doit pas nécessairement rimer avec table rase institutionnelle.

Les équilibres de la primaire et l'espace socialiste

Cette déclaration s'inscrit pleinement dans la bataille tactique qui anime les rangs de la gauche. Alors que les différents partis cherchent la formule idoine pour désigner leur représentant commun ou leurs prétendants respectifs, Jérôme Guedj affine sa propre partition. Face à des figures prônant la convocation immédiate d'une assemblée constituante ou l'avènement d'une VIe République, le député de l'Essonne choisit une voie intermédiaire : réformer la pratique de la Ve République de l'intérieur sans nécessairement en renverser l'architecture globale.

Au sein de l'espace social-démocrate, les prétendants sont nombreux et la compétition pour incarner le sérieux républicain bat son plein. En insistant sur le respect scrupuleux du mandat des parlementaires en place, Jérôme Guedj envoie un signal clair aux élus modérés, aux écologistes et aux députés indépendants. C'est une manière habile de se distinguer des autres candidats de son camp en projetant l'image d'un dirigeant capable d'apaisement, soucieux de dialoguer avec des forces diverses plutôt que d'imposer un blanc-seing présidentiel.

Le pari risqué du compromis à l'européenne

La doctrine affichée par Jérôme Guedj pose néanmoins un défi opérationnel redoutable : comment faire voter un budget ou appliquer des réformes ambitieuses sans disposer d'une majorité absolue garantie à l'Assemblée nationale ? Refuser de dissoudre implique d'accepter de gouverner par coalition, à l'image des démocraties parlementaires d'Europe du Nord ou d'Allemagne.

Dans un pays historiquement peu habitué aux compromis transpartisans, ce choix obligerait le gouvernement à négocier chaque texte de loi avec plusieurs groupes politiques. Si cette méthode peut garantir une plus grande représentativité et éviter le recours récurrent à l'article 49 alinéa 3, elle expose également l'exécutif au risque d'enlisement ou à une motion de censure rapide.

En esquissant les contours d'une présidence sans dissolution, Jérôme Guedj place le débat institutionnel au cœur des discussions de la primaire socialiste. Reste à savoir si cette approche parlementariste parviendra à convaincre des électeurs souvent en quête d'autorité et d'efficacité immédiate au sommet de l'État.

Sources

  • BFMTV Politique : https://www.bfmtv.com/politique/elections/presidentielle/video-moi-president-de-la-republique-je-ne-dissous-pas-l-assemblee-nationale-annonce-jerome-guedj-depute-ps-et-candidat-a-la-primaire-socialiste_VN-202609110851.html

Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats