À l'approche de l'échéance présidentielle de 2027, l'heure est au bilan pour le second quinquennat d'Emmanuel Macron. Alors que la 7e Conférence nationale du handicap s'est ouverte à Bobigny, en Seine-Saint-Denis, les acteurs du secteur haussent le ton. Jérémie Boroy, président du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), a dressé un réquisitoire sévère contre l'action gouvernementale, qualifiant le bilan présidentiel de « moyennement satisfaisant ». Entre promesses non tenues et lenteurs administratives, la question de l'inclusion s'impose déjà comme un thème de débat majeur pour la campagne électorale qui s'annonce.
Un constat sévère sur l'accessibilité des espaces publics
Le cœur de la colère du CNCPH réside dans le manque d'accessibilité universelle, un droit pourtant inscrit dans la loi depuis 2005. Invité au micro de France Inter Politique, Jérémie Boroy n'a pas caché son agacement face à l'incompétence ou au manque de volonté politique pour faire respecter les normes en vigueur. Le chiffre clé qui cristallise cette frustration est sans appel : seules « 23 sanctions ont été prononcées » depuis avril 2025 à l'encontre des établissements recevant du public (ERP) non conformes.
Pour le président du CNCPH, ce chiffre dérisoire démontre une faillite de l'État dans son rôle de contrôle. « Ce n'est pas acceptable », s'est-il insurgé, rappelant que des millions de citoyens en situation de handicap font face quotidiennement à des obstacles infranchissables pour accéder aux commerces, aux transports ou aux services publics. Ce retard persistant contraste douloureusement avec la communication gouvernementale entourant l'héritage des Jeux Paralympiques de Paris, censés donner un coup d'accélérateur historique à l'accessibilité.
Une politique sociale jugée trop timide
Au-delà de la seule question de la voirie et des bâtiments, c'est l'ensemble de la politique du handicap menée depuis 2017 qui est passée au crible. Si la déconjugalisation de l'Allocation aux adultes handicapés (AAH) a été saluée comme une avancée majeure lors du premier quinquennat, les réformes suivantes ont déçu par leur manque d'ambition.
Les associations dénoncent une approche trop souvent centrée sur des mesures d'annonce, sans réels moyens budgétaires pour les accompagner. La scolarisation des enfants en situation de handicap, la situation précaire des accompagnants (AESH) et l'accès à l'emploi restent des points noirs majeurs. Dans ce contexte, la Conférence nationale du handicap de Bobigny prend des allures de confrontation entre un exécutif en fin de cycle et des usagers fatigués d'attendre des changements concrets.
Contexte 2027 : l'accessibilité au cœur du débat démocratique
Le calendrier politique menant à l'élection présidentielle de 2027 impose une grille de lecture sans concession. En 2017, Emmanuel Macron avait érigé le handicap en priorité de son quinquennat. Dix ans plus tard, le sentiment d'inachevé prédomine largement au sein des associations.
Pour le CNCPH et les collectifs de défense des droits, la transition vers 2027 ne doit pas se résumer à un nouveau catalogue de promesses électorales. La déception accumulée face aux reports successifs des agendas d'accessibilité programmée (Ad'AP) a profondément sapé la confiance des citoyens. Les futurs candidats devront faire face à un électorat beaucoup plus exigeant, armé de données précises sur les manquements de l'État, et bien décidé à obtenir des comptes.
Les enjeux majeurs de l'inclusion pour la prochaine décennie
Pour sortir de l'impasse, plusieurs chantiers structurels devront être abordés de front par la prochaine administration. Le premier concerne l'accessibilité numérique. Alors que la dématérialisation des services publics s'accélère, de nombreux sites administratifs restent inaccessibles aux personnes malvoyantes ou souffrant de troubles cognitifs, créant une double exclusion.
Le second enjeu est celui des transports collectifs. En Île-de-France et dans les grandes métropoles, une part infime des réseaux ferroviaires et de métro historiques est accessible aux personnes en fauteuil roulant. Enfin, le vieillissement de la population va croiser la problématique du handicap, exigeant une refonte globale du système de compensation financière et humaine pour garantir l'autonomie de chacun à domicile.
Perspectives et ce qu’il faut surveiller d'ici l'élection
D'ici l'échéance de 2027, plusieurs indicateurs clés devront être surveillés de près par les observateurs. Tout d'abord, l'exécution réelle du plan de 1,5 milliard d'euros annoncé par le gouvernement pour l'accessibilité des lieux publics d'ici la fin du quinquennat. Les acteurs du secteur craignent que ces fonds ne soient pas entièrement consommés ou qu'ils soient dilués dans d'autres budgets.
Ensuite, l'évolution du cadre réglementaire concernant les sanctions financières pour non-conformité sera un test de la volonté politique réelle de l'exécutif. Si le nombre de sanctions reste aussi marginal, la loi perdra toute sa force dissuasive face aux gestionnaires d'établissements récalcitrants.
Le handicap, un enjeu électoral de premier plan pour 2027
Avec un électorat de plus en plus sensible aux questions d'égalité et de justice sociale, les différents partis politiques ne pourront pas faire l'impasse sur cette thématique. Le handicap concerne directement ou indirectement près de 12 millions de Français, si l'on inclut les proches et les aidants familiaux. Il s'agit donc d'un réservoir de voix non négligeable capable d'influencer les futurs sondages de la campagne présidentielle.
Les oppositions, de gauche comme de droite, s'emparent déjà du sujet pour critiquer le bilan d'Emmanuel Macron. À gauche, on insiste sur la nécessité d'un service public de l'autonomie fort et d'une revalorisation des minima sociaux. À droite et à l'extrême droite, l'accent est mis sur la simplification administrative pour les familles et l'intégration par le travail. Pour les candidats déclarés ou pressentis à l'Élysée, l'élaboration d'un programme crédible sur le handicap sera un test de leur capacité à adresser les préoccupations quotidiennes des Français les plus vulnérables.
Alors que le calendrier électoral s'accélère, la sortie du président du CNCPH sonne comme un avertissement. Les promesses de campagne ne suffiront plus : les électeurs attendent désormais des engagements précis, assortis de calendriers de mise en œuvre contraignants et de sanctions réelles pour les contrevenants. L'accessibilité ne doit plus être une option, mais une réalité démocratique.
Sources
- France Inter Politique : La question de 6h20 du vendredi 04 septembre 2026
Source factuelle citée : France Inter Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.
Rubrique : Candidats




