Alors que le débat public se concentre traditionnellement sur les aspects judiciaires et pénaux de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS), un travail parlementaire transpartisan vient poser une équation inédite et brutale : celle de leur facture économique. Présenté devant la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale par les députées Sandrine Josso (Les Démocrates) et Élise Leboucher (La France insoumise), ce rapport met en lumière l'ampleur du fardeau financier assumé par la société, mais surtout par les victimes elles-mêmes.
Ce diagnostic intervient à un moment charnière de la vie démocratique. Alors que se dessinent déjà les lignes de fracture pour l'élection présidentielle de 2027, les conclusions de cette mission parlementaire risquent de contraindre l'ensemble de la classe politique à réévaluer ses priorités budgétaires et ses propositions de réforme institutionnelle.
Un gouffre financier aux multiples ramifications
Comme le rapporte LCP Assemblée, qui a pu consulter le document avant sa présentation officielle, les deux parlementaires dressent un constat accablant : le coût réel des violences sexuelles reste sous-évalué faute d'indicateurs statistiques consolidés. Pour Sandrine Josso, ces violences engendrent pourtant un coût considérable qui frappe tous les secteurs de l'État et du tissu économique.
La facture s'étend d'abord aux services de santé, mobilisés pour soigner les traumatismes immédiats et les séquelles chroniques, qu'elles soient physiques ou psychologiques. Elle pèse ensuite sur les forces de l'ordre (police et gendarmerie) et sur l'appareil judiciaire, chroniquement engorgés par le traitement des dossiers de violences intrafamiliales et sexuelles.
Au-delà des dépenses régaliennes, le monde du travail subit des répercussions directes. Les arrêts maladie de longue durée, la perte d'employabilité, la désinsertion professionnelle ou encore la baisse de productivité constituent des coûts indirects majeurs pour les entreprises et la sécurité sociale. Pourtant, la France manque encore d'une méthodologie harmonisée pour chiffrer précisément ce choc macroéconomique tout au long de la vie d'une victime. En orientant l'analyse sur le terrain des finances publiques, ce rapport inscrit la question des VSS au cœur des arbitrages de la politique budgétaire de l'État.
La double peine subie par les victimes
Le rapport met particulièrement l'accent sur une réalité trop souvent occultée : la pénalisation financière personnelle que subissent les victimes lors de leur parcours. Loin d'être intégralement prises en charge par la solidarité nationale, celles-ci doivent engager des dépenses substantielles pour obtenir justice et tenter de se reconstruire.
Frais d'avocats, dépassements d'honoraires pour les suivis psychologiques ou psychiatriques non conventionnés, coûts liés à un déménagement d'urgence ou à la garde d'enfants : la quête de sécurité et de réparation s'apparente fréquemment à un gouffre financier. Cette précarisation économique touche particulièrement les femmes isolées ou les mères de famille, renforçant les situations de vulnérabilité et entravant souvent la décision de porter plainte.
Face à cette situation, les deux députées réclament un changement de paradigme. Elles préconisent une augmentation massive et coordonnée des moyens alloués à l'accompagnement médicosocial et juridique, afin que l'accès aux droits ne soit plus conditionné aux ressources financières des plaignantes.
Une interpellation directe pour les futurs candidats
Ce travail transpartisan, mené conjointement par une élue du centre et une représentante de la gauche radicale, pose les jalons d'un arbitrage incontournable pour les prétendants à l'Élysée. À mesure que le calendrier électoral se précise, les programmes des différents blocs devront apporter des réponses concrètes à cette exigence d'investissements massifs.
Pour les différents candidats déclarés ou pressentis, le défi sera double. D'une part, ils devront articuler leurs ambitions sociétales avec la trajectoire des finances publiques, dans un contexte de forte pression sur la dette souveraine. Les formations de gauche et écologistes plaident traditionnellement pour une enveloppe globale pluriannuelle atteignant plusieurs milliards d'euros, réclamée de longue date par les collectifs féministes. À l'inverse, les représentants de la majorité sortante et de la droite républicaine ont souvent privilégié le renforcement des sanctions pénales ou la création de pôles spécialisés au sein des tribunaux, tout en veillant à la maîtrise de la dépense globale.
Le rapport de Sandrine Josso et Élise Leboucher démontre cependant qu'une approche purement comptable axée sur les économies de court terme s'avère inefficace : ne pas investir en amont dans la prévention et la protection engendre des coûts différés bien plus lourds pour la collectivité.
Vers un consensus transpartisan dans le débat républicain ?
L'initiative conjointe des deux députées illustre qu'au-delà des clivages partisans habituels, certains sujets parviennent à créer des passerelles républicaines. Reste à savoir si cette convergence survivra à la polarisation inhérente à la campagne présidentielle.
Les propositions du rapport — création d'outils statistiques nationaux, revalorisation des subventions aux associations d'accompagnement, réforme des barèmes de prise en charge judiciaire — fournissent une grille de lecture précise pour évaluer la crédibilité des futurs projets gouvernementaux. Dans une société où l'exigence d'exemplarité et d'efficacité contre les violences faites aux femmes et aux enfants n'a jamais été aussi forte, ce document parlementaire replace l'action publique face à ses responsabilités matérielles.
Sources
- LCP Assemblée : https://lcp.fr/actualites/violences-sexuelles-un-rapport-parlementaire-pointe-le-cout-financier-cache-pour-les
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