À mesure que l'échéance présidentielle se rapproche, les arbitrages énergétiques s'imposent comme un terrain de confrontation idéologique et stratégique de premier plan. Alors que le Rassemblement national durcit son discours en prônant un démantèlement programmé des énergies renouvelables intermittentes au profit du tout-nucléaire, les manœuvres d'approche auprès des dirigeants de l'industrie franchissent un nouveau cap. La révélation d'échanges discrets entre le président-directeur général d'EDF, Bernard Fontana, et plusieurs figures de la droite nationaliste — dont Marine Le Pen et Sarah Knafo — a déclenché une vive tempête sociale au sein du premier groupe énergétique français.

Le choix d'une rupture nette avec l'éolien et le solaire

Invité à détailler la feuille de route du Rassemblement national lors du débat « La grande tribune présidentielle 2027 » consacré aux enjeux énergétiques, le député de la Meuse Maxime Amblard a réaffirmé une doctrine sans ambiguïté : l'arrêt immédiat et définitif de l'implantation de nouveaux parcs éoliens et photovoltaïques en France. Relayée par les observateurs de la vie politique, cette orientation confirme la volonté de Marine Le Pen d'opérer un virage radical par rapport aux politiques de transition conduites depuis une décennie.

Pour justifier ce moratoire, le mouvement d'extrême droite avance un triple argument. D'abord, le caractère intermittent de ces filières imposerait de maintenir des capacités de réserve thermique ou de subir des importations massives en période de grand froid. Ensuite, l'appareil productif lié au photovoltaïque et aux turbines éoliennes dépend largement d'importations asiatiques, ce qui viendrait aggraver le déficit commercial au lieu de fortifier la souveraineté nationale. Enfin, la contestation locale portée par les riverains et le monde rural nourrit le rejet de mâts jugés préjudiciables aux paysages et au tourisme. En traçant cette ligne de fracture, les différents candidats à l'Élysée préparent des affrontements majeurs sur le futur mix énergétique du pays.

Le pari exclusif de l'atome et de l'hydroélectricité

Pour satisfaire une demande d'électricité vouée à croître avec la décarbonation des transports et de l'industrie, le programme du Rassemblement national s'articule autour de deux piliers historiques : l'atome et les barrages hydrauliques. Le RN prévoit de prolonger autant que possible la durée de fonctionnement des réacteurs en service, sous le contrôle de l'Autorité de sûreté nucléaire, tout en engageant la commande en série de nouveaux réacteurs de type EPR et de réacteurs modulaires (SMR).

Sur le plan hydroélectrique, le parti réclame le maintien strict des concessions des barrages sous le giron de l'État, rejetant les règles européennes de mise en concurrence. Cette vision vise à restaurer un avantage comparatif pour l'industrie nationale et à promettre des baisses directes sur les factures des ménages.

Toutefois, cette feuille de route se heurte aux analyses prospectives des experts du secteur et de Réseau de Transport d'Électricité (RTE). Ceux-ci rappellent que, compte tenu des délais industriels incompressibles pour bâtir de nouvelles centrales d'ici l'horizon 2035, un socle de renouvelables demeure techniquement indispensable afin d'éviter des risques de pénurie pendant la décennie de transition.

Révélations sur Bernard Fontana : la CGT monte au créneau chez EDF

C'est dans ce contexte de surenchère programmatique qu'a éclaté une crise interne au sommet de l'électricien national. Selon les révélations de Libération, la CGT d'EDF a fermement condamné, par voie de tract syndical, une série de rendez-vous confidentiels organisés entre le PDG du groupe, Bernard Fontana, et des cadres de la droite nationaliste. Parmi les interlocuteurs reçus figuraient Marine Le Pen ainsi que Sarah Knafo, députée européenne et conseillère influente de la formation Reconquête.

Pour la première organisation syndicale de l'entreprise publique, ces démarches constituent une ligne rouge franchie par la direction générale. Le syndicat dénonce une tentative inopportune de normalisation d'idéologies jugées contraires aux principes du service public et aux valeurs sociales des personnels des industries électriques et gazières. Les représentants du personnel estiment que l'outil énergétique national ne saurait faire l'objet de tractations discrètes visant à crédibiliser des projets partisans.

Les états-majors économiques face à l'hypothèse de l'alternance

Cette polémique éclaire les coulisses de la préparation de l'échéance de 2027. Du côté des partis nationalistes, ces échanges avec les dirigeants des grands fleurons industriels répondent à une stratégie d'institutionnalisation. Il s'agit de tester des propositions techniques, de rassurer les milieux patronaux sur la gestion macroéconomique et de contourner l'image d'amateurisme souvent reprochée par leurs détracteurs sur les dossiers industriels lourds.

Pour les dirigeants des entreprises stratégiques de l'État, l'exercice s'avère particulièrement périlleux. S'ils sont tenus d'entretenir un dialogue institutionnel avec l'ensemble des forces politiques représentées au Parlement, l'anticipation d'une possible alternance suscite de fortes tensions managériales et syndicales. Cet épisode illustre la politisation croissante de la filière nucléaire, désormais devenue le réceptacle des ambitions d'autorité industrielle et des fractures idéologiques de la pré-campagne.

Sources

  • BFMTV Politique : https://www.bfmtv.com/politique/front-national/video-arreter-de-developper-l-eolien-et-le-photovoltaique-en-france-le-depute-rn-maxime-amblard-detaille-le-programme-energetique-de-marine-le-pen_VN-202609290642.html
  • Libération Politique : https://www.liberation.fr/politique/edf-la-cgt-condamne-des-rencontres-entre-le-pdg-bernard-fontana-et-des-responsables-dextreme-droite-20260929_T3GLV6KORJBQDMMMLGGKQI55NM

Synthèse éditoriale Élections 2027.

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