Autrefois citadelle imprenable de la droite républicaine traditionnelle, le département des Alpes-Maritimes s'apprête à vivre un séisme politique majeur lors des élections sénatoriales. Portée par la dynamique de son alliance avec le Rassemblement national, l'Union des droites pour la République (UDR), formation fondée par Éric Ciotti, ambitionne désormais de ravir la majorité des cinq sièges de sénateurs du département. Une recomposition territoriale brutale qui fragilise Les Républicains (LR) et préfigure les fractures idéologiques qui domineront la course vers l'élection présidentielle de 2027.
La fin du grand chelem pour Les Républicains maralpins
Le contraste avec le précédent scrutin est saisissant. En septembre 2020, la droite républicaine célébrait un grand chelem historique dans le département en raflant l'intégralité des cinq sièges en jeu. Dominique Estrosi-Sassone, présidente de la commission des Affaires économiques du Sénat et figure de proue de cette victoire passée, doit aujourd'hui mener une bataille défensive pour sauver sa place au Palais du Luxembourg.
Interrogée par nos confrères de Public Sénat, l'élue sortante ne cache pas la rudesse du combat à venir, reconnaissant que la scène locale a profondément muté à la suite des derniers scrutins municipaux. L'ancrage territorial traditionnel de LR s'est érodé face à l'affirmation conjointe du Rassemblement national et des partisans d'Éric Ciotti. Cette redistribution des mairies et des conseils municipaux a directement modifié le collège des quelque 2 000 grands électeurs maralpins appelés à désigner leurs représentants à la Haute Assemblée.
Pour les états-majors parisiens, cette perte d'hégémonie dans l'un des cœurs historiques du gaullisme souligne l'usure de l'appareil traditionnel face à la polarisation croissante de la vie politique française.
L'UDR et le RN à la conquête des institutions
Pour transformer l'essai, l'UDR mise sur une tête de liste offensive en la personne de Laurent Castillo. Député européen siégeant au sein du groupe des Patriotes pour l'Europe aux côtés de Jordan Bardella, ce dernier incarne la passerelle stratégique voulue par Éric Ciotti entre les déçus de LR et l'électorat mariniste.
Historiquement, le Sénat a toujours constitué une chambre hermétique aux poussées de l'extrême droite, protégée par le mode de scrutin indirect et la surreprésentation des petites communes rurales souvent fidèles aux modérés. Mais la conquête de grandes agglomérations méditerranéennes permet désormais à l'axe UDR-RN de peser arithmétiquement sur les délégués sénatoriaux. Laurent Castillo ne dissimule pas l'enjeu sous-jacent : conquérir des sièges au Sénat constitue un tremplin indispensable pour légitimer la coalition et installer une dynamique d'alternance institutionnelle à court terme.
Ce basculement potentiel marque une rupture doctrinale. Alors que la direction nationale de LR continue de rejeter tout accord d'appareil avec les lepénistes, les Alpes-Maritimes font figure de laboratoire grandeur nature d'une fusion des électorats de droite, une tendance scrutée de près par les états-majors à mesure que s'accélère le calendrier électoral.
Un baromètre décisif avant l'échéance de 2027
Au-delà de la représentation locale, ce scrutin sénatorial prend des allures de répétition générale pour les prétendants de l'espace conservateur et nationaliste. La stratégie théorisée par Éric Ciotti vise à démontrer la viabilité électorale de son concept d'union des droites face à ce qu'il qualifie de centre macroniste mou. En infligeant une défaite symbolique à la droite modérée sur ses terres d'origine, le président de l'UDR cherche à prouver que le centre de gravité politique s'est définitivement déplacé.
Cette recomposition trouve un écho direct dans les récents sondages nationaux, où la porosité entre l'électorat traditionnel de la droite et celui du Rassemblement national n'a jamais semblé aussi forte sur les thématiques régaliennes et économiques. Si l'UDR parvient à obtenir la majorité des sénateurs maralpins, la direction de LR, incarnée au Sénat par Gérard Larcher et Bruno Retailleau, verrait son autorité contestée sur son propre terrain de prédilection : les territoires.
La bataille des Alpes-Maritimes s'impose ainsi comme une vitrine idéologique. Pour LR, l'objectif est d'éviter une déroute totale afin de maintenir l'existence d'une troisième voie autonome entre la majorité sortante et le bloc nationaliste. Pour le tandem Ciotti-Le Pen, la conquête du Sénat viendrait valider une stratégie de normalisation institutionnelle et accentuer la pression sur les derniers bastions républicains à l'aube du rendez-vous présidentiel de 2027.
Sources
- Public Sénat : https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/senatoriales-2026-face-a-lr-ludr-pourrait-remporter-la-majorite-des-sieges-dans-les-alpes-maritimes
Synthèse éditoriale Élections 2027.
Rubrique : Candidats






