Le baromètre politique traverse une zone de fortes turbulences pour le sommet de l'État. Selon les données d'une enquête Ipsos BVA-Cesi réalisée pour La Tribune Dimanche et relayée par BFMTV Politique, la cote de confiance d'Emmanuel Macron s'effondre à un plancher historique de 16 % d'opinions favorables. Dans son sillage, le ministre des Armées Sébastien Lecornu, figure clé de l'appareil gouvernemental et souvent évoqué dans les équilibres internes de la macronie, ne recueille pour sa part que 20 % d'approbation. Cette désaffection massive intervient dans une séquence institutionnelle tendue, marquée par les incertitudes budgétaires et la recomposition parlementaire, jetant une ombre sur la fin de mandat et compliquant la trajectoire des prétendants du camp présidentiel à l'élection présidentielle de 2027.
Une érosion sans précédent pour le chef de l'État
Jamais depuis son élection en mai 2017 le président de la République n'avait atteint un étiage aussi bas dans cette série barométrique. Avec seulement 16 % des personnes interrogées portant un regard positif sur son action, Emmanuel Macron dépasse désormais le creux de la crise des « gilets jaunes » de l'hiver 2018-2019, ainsi que les séquences houleuses de la réforme des retraites adoptée au printemps 2023.
Cette détérioration spectaculaire s'explique d'abord par la sédimentation des mécontentements économiques et sociaux. Le pouvoir d'achat, les débats autour de la réduction de la dette publique et le climat de fragmentation issu de la dissolution de l'Assemblée nationale ont durablement altéré le lien entre l'exécutif et l'électorat. Les électeurs modérés, qui constituaient le socle initial du macronisme, expriment une lassitude face aux blocages institutionnels, tandis que les oppositions de gauche et de droite radicale capitalisent sur un rejet frontal de la méthode présidentielle. Pour analyser ces mouvements profonds au fil des mois, notre observatoire des sondages permet de mesurer l'amplitude de ce décrochage par rapport aux cycles politiques précédents.
Sur le plan historique, ces chiffres rapprochent le chef de l'État des scores enregistrés par François Hollande à la fin de l'année 2013 ou par Nicolas Sarkozy au cœur de la crise financière de 2008-2011. Toutefois, à la différence de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron ne peut constitutionnellement pas briguer un troisième mandat consécutif en 2027, ce qui déplace immédiatement l'onde de choc vers sa famille politique et ses successeurs potentiels.
Sébastien Lecornu emporté par le rejet de la majorité
L'impopularité n'épargne pas les ministres de premier plan. Sébastien Lecornu, dont l'influence politique a pris une dimension considérable au fil des remaniements et des crises parlementaires, stagne à 20 % d'avis favorables. Considéré comme un artisan du dialogue avec la droite traditionnelle et un rouage central des arbitrages sécuritaires et budgétaires, le ministre des Armées subit de plein fouet l'usure générale de l'équipe gouvernementale.
Ce score modeste illustre la difficulté, pour les personnalités issues des rangs de la majorité, d'imprimer une marque autonome. Alors que les questions de défense et de souveraineté européenne occupent une place prépondérante dans le débat public, les prises de position ministérielles peinent à convaincre un électorat polarisé. Pour Sébastien Lecornu, dont le nom circulait avec insistance lors des précédentes consultations pour Matignon et qui demeure un interlocuteur privilégié des différents partis politiques, cette sanction de l'opinion témoigne du risque de contamination politique : l'impopularité de l'Élysée rejaillit mécaniquement sur l'ensemble de ses relais gouvernementaux.
Quel impact sur les candidats de la majorité pour 2027 ?
Cette dégradation accélérée de l'image de l'exécutif rebat les cartes au sein du bloc central. Les personnalités qui ambitionnent de porter les couleurs de la majorité sortante ou de former une coalition républicaine lors du scrutin de 2027 se retrouvent devant un dilemme stratégique : revendiquer l'héritage réformateur du double quinquennat ou entamer une prise de distance salutaire.
Plusieurs figures majeures se préparent déjà pour le prochain rendez-vous démocratique. Qu'il s'agisse d'Édouard Philippe, qui a officialisé sa candidature, de Gabriel Attal à la tête des députés Ensemble pour la République, ou encore de Gérald Darmanin, tous doivent composer avec un socle présidentiel érodé. Ces différents candidats potentiels multiplient déjà les signaux de différenciation sur la fiscalité, l'autorité ou la méthode de gouvernement afin de ne pas être assimilés à un bilan jugé sévèrement par quatre Français sur cinq.
Cependant, une démarcation trop brutale comporte des écueils. Une rupture prématurée risquerait de fracturer définitivement les groupes parlementaires du centre et d'affaiblir encore davantage le pouvoir en place, ouvrant un boulevard aux candidatures d'opposition portées par le Rassemblement national et la gauche unie. À l'inverse, une loyauté inconditionnelle exposerait les prétendants à être balayés par le vote sanction lors du premier tour en 2027.
Une séquence charnière sur le calendrier républicain
Alors que le pays avance vers un cycle électoral déterminant, le niveau de popularité de l'exécutif conditionne la capacité du gouvernement à faire adopter ses textes et à maintenir un semblant de cohésion. Selon le calendrier institutionnel, les prochaines échéances budgétaires et les débats parlementaires à venir agiront comme des révélateurs de cette faiblesse politique.
Si la cote de confiance d'Emmanuel Macron devait durablement demeurer sous la barre des 20 %, la fin du second mandat prendrait des allures de fin de règne précipitée, accélérant la guerre des chefs au sein du camp présidentiel et rendant la qualification pour le second tour de 2027 particulièrement incertaine pour son héritier désigné.
Sources
- BFMTV Politique : https://www.bfmtv.com/politique/elysee/le-niveau-de-popularite-d-emmanuel-macron-et-sebastien-lecornu-au-plus-bas-selon-un-sondage_AD-202609120363.html
Synthèse éditoriale Élections 2027.
Rubrique : Candidats




