Alors que la course vers l'Élysée s'accélère, les questions économiques s'imposent comme le juge de paix de la campagne. Entre promesses de pouvoir d'achat, investissements massifs et réduction des déficits, les différents candidats rivalisent de propositions pour séduire les électeurs. Pourtant, la réalité des chiffres est têtue. Dans un entretien accordé à L'Express Politique, deux économistes de renom, Xavier Jaravel (professeur à la London School of Economics) et Vincent Pons (professeur à la Harvard Business School), publient une analyse rigoureuse des programmes économiques à l'épreuve des faits. Coauteurs de l'ouvrage Les Politiques économiques à l'épreuve des faits (Odile Jacob), ils alertent sur l'impasse financière de certaines mesures et appellent à un sursaut de réalisme budgétaire.

L'impératif budgétaire : 125 milliards d'euros à trouver

Le constat de départ posé par les deux chercheurs, tous deux membres du Conseil d'analyse économique (CAE), est sans appel : pour stabiliser la dette publique française d'ici la fin du prochain quinquennat, un effort budgétaire colossal de 125 milliards d'euros est indispensable. Face à cette équation complexe, les stratégies des différents partis divergent radicalement, mais beaucoup pèchent par manque de réalisme selon les auteurs.

Xavier Jaravel écarte d'emblée les solutions jugées simplistes, à commencer par l'annulation de la dette publique, une piste parfois évoquée à la gauche de l'échiquier politique, notamment par Jean-Luc Mélenchon. Selon l'économiste, une telle mesure exposerait immédiatement la France à des sanctions sévères de la part des marchés financiers, rendant l'emprunt futur impossible ou hors de prix. À l'heure où les taux d'intérêt remontent, la crédibilité financière de l'État reste un actif précieux qu'aucun gouvernement ne peut se permettre de sacrifier.

Retraites et chômage : le mur démographique et social

Le vieillissement de la population française entraîne une hausse mécanique et dynamique des dépenses de santé et de retraites. Pour les économistes, il sera impossible pour le futur locataire de l'Élysée d'épargner les retraités si l'on veut redresser les comptes publics. Ce sujet, hautement sensible dans l'opinion publique et souvent déterminant dans les sondages, oblige à des arbitrages douloureux.

D'un côté, les propositions de retour à la retraite à 60 ans ou d'abrogation des réformes précédentes portées par plusieurs oppositions se heurtent à la réalité du financement. De l'autre, des figures de la droite et du centre, à l'instar d'Édouard Philippe, préconisent des mesures de rigueur comme la réduction de la durée d'indemnisation du chômage pour inciter au retour à l'emploi et générer des économies rapides. Les auteurs du livre examinent ces mécanismes à la loupe de la recherche empirique : si la baisse des allocations chômage peut effectivement accélérer la reprise d'activité, elle doit s'accompagner d'un accompagnement réel pour éviter de précariser les populations les plus fragiles sans gain de productivité à long terme.

L'éducation : le véritable moteur de la croissance future

Au-delà des coupes budgétaires et de la fiscalité, Xavier Jaravel et Vincent Pons insistent sur un levier structurel souvent sous-estimé dans le débat politique actuel : l'éducation. Alors que la France continue de reculer dans les classements internationaux comme l'enquête PISA, les deux chercheurs rappellent que le capital humain est le premier moteur de la croissance économique, de l'innovation et de la réindustrialisation.

Investir massivement et efficacement dans l'école primaire et secondaire, revaloriser le métier d'enseignant et cibler les zones en difficulté ne sont pas des dépenses superflues, mais des investissements à haut rendement. Pour redresser le pays et stimuler la productivité globale, la formation des générations futures s'avère bien plus efficace à long terme que de simples subventions aux entreprises ou des baisses d'impôts non ciblées.

Quel impact sur la crédibilité des candidats ?

À l'approche des échéances électorales, l'honnêteté macroéconomique pourrait devenir un facteur de différenciation majeur. Les électeurs, de plus en plus conscients de la crise des finances publiques, attendent des trajectoires crédibles. Les candidats qui parviendront à concilier justice sociale et responsabilité budgétaire marqueront des points précieux.

L'analyse empirique proposée par ces experts montre que les raccourcis idéologiques résistent rarement à l'épreuve du pouvoir. Qu'il s'agisse de la hausse du Smic non compensée, de la nationalisation d'autoroutes ou de baisses massives de la TVA, chaque promesse doit être rigoureusement chiffrée sous peine de générer de l'inflation ou une crise de confiance majeure. Dans ce contexte, les débats techniques autour du budget de l'État ne seront pas de simples discussions d'experts, mais le cœur battant de la confrontation démocratique.

L'évaluation scientifique des politiques publiques offre une boussole précieuse dans le tumulte de la campagne électorale. En rappelant les dures réalités de la dette et l'importance cruciale de l'éducation, Xavier Jaravel et Vincent Pons tracent une feuille de route exigeante pour les prétendants à l'Élysée. Reste à savoir quels candidats oseront présenter un programme de vérité aux Français.

Sources

  • "Ils ne pourront pas épargner les retraités... " : deux économistes passent au crible les propositions des candidats à l'Elysée - L'Express Politique : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/ils-ne-pourront-pas-epargner-les-retraites-deux-economistes-passent-au-crible-les-propositions-des-ZADQG4ETGZHI3NC7C7VHALVQJI

Source factuelle citée : L'Express Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats