La publication des résultats de l’enquête PISA 2025, qui évalue les compétences des élèves de 15 ans à travers le monde, a provoqué un véritable séisme politique en France. Alors que le pays peine à redresser la barre dans les classements internationaux, ces données chiffrées dépassent largement le cadre strictement scolaire. Elles viennent alimenter un débat beaucoup plus vaste et profondément ancré dans la culture politique nationale : celui du supposé « déclin » de la France. À l'approche de l'échéance présidentielle, ce thème s'impose déjà comme l'un des affrontements idéologiques majeurs entre les différents prétendants à l'Élysée.
Un constat scientifique qui crispe la classe politique
L'enquête PISA, menée par l'OCDE, est traditionnellement attendue avec appréhension par les gouvernements successifs. L'édition 2025 n'a pas dérogé à la règle, confirmant les difficultés persistantes du système éducatif français, notamment en mathématiques et en compréhension de l'écrit. Au-delà des moyennes globales, c'est le creusement des inégalités sociales qui suscite l'inquiétude : l'école française reste l'une de celles où l'origine sociale des élèves influe le plus sur la réussite scolaire.
Pour l'opposition, ces résultats constituent un réquisitoire implacable contre le bilan des majorités précédentes. Pour le pouvoir en place, ils imposent de défendre des réformes parfois impopulaires ou de promettre de nouveaux ajustements structurels. Dans ce contexte, l'institution scolaire n'est plus seulement un service public à gérer, mais le miroir d'une nation en proie au doute sur son avenir et son rang mondial.
L'éducation, nouveau thermomètre du « déclinisme »
Comme le souligne une analyse détaillée de Le Monde Politique, ce récit du « déclinisme français », bien qu'il ne soit pas nouveau, trouve dans les résultats de l'enquête PISA un carburant particulièrement puissant pour la campagne électorale. La rhétorique du déclassement national, autrefois centrée sur la désindustrialisation ou la perte d'influence géopolitique, s'articule désormais autour de la perte de niveau des futures générations.
Ce sentiment de régression collective est un levier politique puissant. Il permet de lier la question technique des programmes scolaires à des interrogations existentielles sur l'identité, l'autorité de l'État et la transmission des valeurs républicaines. Pour une grande partie de l'électorat, l'école publique représente le socle de la promesse méritocratique. Voir ce socle vaciller fragilise la confiance globale envers les institutions.
Les stratégies des candidats face à la crise scolaire
Face à ce constat, les forces politiques affûtent leurs arguments et proposent des visions diamétralement opposées pour redresser la situation. Sur l'échiquier politique, les clivages traditionnels se réactivent avec force :
- À droite et à l'extrême droite : On insiste sur la crise de l'autorité, la nécessité d'un retour aux savoirs fondamentaux et la fin des méthodes pédagogiques jugées trop permissives. Pour ces courants, la baisse du niveau scolaire est le symptôme d'un affaissement culturel global qu'il convient de stopper par des mesures de discipline et une sélection accrue.
- À gauche : L'accent est mis sur le manque de moyens, la crise d'attractivité du métier d'enseignant et la ségrégation sociale. Les propositions s'orientent vers un réinvestissement massif dans l'éducation prioritaire, la revalorisation salariale des professeurs et la révision des cartes scolaires pour favoriser la mixité.
- Au centre : Les tenants de la majorité sortante tentent de défendre leur bilan en mettant en avant les réformes déjà engagées (dédoublement des classes de CP/CE1, réformes du baccalauréat) tout en concédant que les effets de ces politiques nécessitent du temps pour se concrétiser pleinement.
Les stratégies des différents candidats vont consister à capter l'inquiétude des parents d'élèves pour la transformer en adhésion à leur projet de société. Les sondages d'opinion montrent d'ailleurs que l'éducation figure régulièrement parmi les premières préoccupations des Français, juste derrière le pouvoir d'achat et la santé.
L'école au cœur du pacte républicain
Au-delà des joutes verbales et des stratégies électorales des partis politiques, la question de l'école pose celle du modèle de société que la France souhaite construire pour les décennies à venir. Le déclinisme, s'il est souvent utilisé comme un outil marketing électoral, traduit néanmoins une réelle anxiété démocratique. Une école qui ne parvient plus à assurer l'ascenseur social est une menace directe pour la cohésion nationale.
La présidentielle sera donc l'occasion de trancher entre plusieurs visions de l'institution scolaire : une école protectrice et égalitaire, ou une école de l'excellence et de la sélection. Le candidat qui saura formuler une réponse convaincante et rassurante à cette crise de confiance disposera d'un avantage politique indéniable.
Sources
- Le Monde Politique : https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/08/pisa-2025-le-recit-du-declinisme-francais-de-retour-dans-la-presidentielle_6768438_823448.html
Source factuelle citée : Le Monde Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.
Rubrique : Candidats



