À l’approche des discussions budgétaires à l'Assemblée nationale, la chasse aux économies est relancée au Palais-Bourbon. Le député Sylvain Maillard, membre du groupe Ensemble pour la République, vient de remettre le feu aux poudres en annonçant son intention de déposer un amendement visant à supprimer le remboursement des cures thermales par l’Assurance maladie. Alors que la France s'apprête à entrer dans une séquence électorale majeure, cette proposition rouvre un débat hautement sensible qui touche à la fois à la politique de santé publique, à la rigueur budgétaire et à l'économie des territoires.
Une économie de 260 millions d'euros dans le viseur
Le député de Paris, figure de la coalition présidentielle, n'a pas mâché ses mots sur les réseaux sociaux. Selon lui, la prise en charge des cures thermales représente un coût annuel de 260 millions d'euros pour la Sécurité sociale. Une somme non négligeable à l'heure où l'exécutif cherche par tous les moyens à redresser des finances publiques dans le rouge. « Je voterai un amendement pour le supprimer », a-t-il affirmé, relançant une polémique que l'on croyait assoupie depuis l'examen du budget précédent.
Ce n'est pas la première fois que le secteur du thermalisme est ainsi ciblé par les partisans de la rigueur budgétaire. Lors des débats sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), le gouvernement avait déjà envisagé de sabrer dans ces remboursements. Le projet initial prévoyait de ramener la prise en charge du forfait thermal de 65 % à seulement 15 %, tout en supprimant la gratuité pour les patients souffrant d'une affection de longue durée (ALD).
À l'époque, cette mesure d'austérité, censée rapporter environ 200 millions d'euros, avait finalement été écartée face à la bronca des élus locaux et des professionnels du secteur. Mais à l'orée de l'élaboration du nouveau budget, l'idée revient en force, portée par l'aile libérale de la majorité sortante qui souhaite envoyer un signal fort de sérieux budgétaire.
L'évaluation de la Haute Autorité de santé en arbitre
Face à cette offensive parlementaire, les défenseurs du thermalisme ne désarment pas et fustigent une vision purement comptable de la santé. Interrogée par le média LCP Assemblée, la présidente de la Chaîne thermale du soleil s'est montrée sereine, rappelant qu'une procédure d'évaluation scientifique rigoureuse est actuellement en cours. La Haute Autorité de santé (HAS) a en effet été saisie pour mesurer précisément le service médical rendu par ces cures.
Le calendrier de cette évaluation est particulièrement stratégique. Une première analyse intermédiaire doit être disponible, tandis que l'avis définitif et complet de la HAS ne devrait être rendu qu'à la fin de l'année. Pour les acteurs de la filière, toucher au remboursement avant la publication de ces conclusions scientifiques serait prématuré et contre-productif.
Les défenseurs du secteur rappellent que pour plus de 470 000 patients chaque année, ces cures constituent une alternative thérapeutique efficace et validée pour traiter des pathologies chroniques invalidantes comme la rhumatologie, les affections respiratoires ou les maladies dermatologiques. Selon eux, supprimer ce remboursement transférerait simplement les coûts vers d'autres secteurs de la médecine de ville ou vers la consommation de médicaments, notamment les antalgiques et les anti-inflammatoires.
Un enjeu électoral et territorial hautement sensible
Au-delà de l'aspect scientifique et comptable, cette proposition de déremboursement soulève des questions électorales majeures. Les différents partis de l'arc politique observent de près ce dossier, conscients de l'impact qu'une telle mesure pourrait avoir sur l'électorat des zones rurales et de moyenne montagne, où se concentrent la grande majorité des stations thermales françaises.
Pour de nombreuses communes d'Occitanie, d'Auvergne-Rhône-Alpes ou de Nouvelle-Aquitaine, le thermalisme est le principal poumon économique, générant des milliers d'emplois directs et indirects dans l'hôtellerie, la restauration et le commerce local. Supprimer le remboursement reviendrait, selon les élus locaux de tous bords, à condamner ces territoires à la déprise économique.
Les futurs candidats à l'Élysée devront donc arbitrer entre la rigueur budgétaire globale et la préservation de l'activité économique locale. Ce débat s'inscrit également dans une réflexion plus large sur le modèle français de protection sociale. Alors que les sondages d'opinion montrent de manière constante une préoccupation majeure des Français pour leur pouvoir d'achat et l'accès aux soins, le déremboursement de prestations perçues comme un droit acquis — notamment par les seniors, qui constituent un électorat clé et particulièrement mobilisé — s'avère politiquement très risqué.
La proposition de Sylvain Maillard illustre la tension permanente qui caractérise la gouvernance contemporaine : concilier la nécessité impérieuse de réduire le déficit public tout en préservant la cohésion sociale et le dynamisme des territoires. Alors que l'arbitrage de la HAS se fait attendre, le débat parlementaire sur le budget de la Sécurité sociale s'annonce d'ores et déjà électrique.
Sources
Source factuelle citée : LCP Assemblée. Synthèse éditoriale Élections 2027.
Rubrique : Candidats




