Le président du MoDem, François Bayrou, s'apprête à traverser une nouvelle épreuve judiciaire majeure. Dès ce mercredi, l'ancien garde des Sceaux comparaît devant la cour d'appel de Paris dans l'affaire des assistants parlementaires européens de son parti. Relaxé en première instance au bénéfice du doute, le leader centriste voit son horizon s'assombrir à nouveau avec ce second procès, initié par l'appel du parquet. Malgré l'enjeu, l'homme fort de Pau affiche une confiance inébranlable. À l'approche de cette échéance cruciale pour la suite de sa carrière et pour l'avenir de la majorité, il se dit « absolument serein ».

Ce procès intervient dans un moment charnière de la vie politique française, alors que les grandes manœuvres pour la succession d'Emmanuel Macron se dessinent en coulisses. Pour François Bayrou, l'issue de ce rendez-vous judiciaire pourrait déterminer son rôle exact dans la préparation des futures échéances électorales et sa capacité à peser sur les événements à venir.

Les dessous de l'affaire des assistants du MoDem

Pour comprendre la portée de ce procès en appel, il faut se replonger dans les rouages d'une affaire qui empoisonne le MoDem depuis plusieurs années. François Bayrou est poursuivi pour complicité de détournement de fonds publics. La justice le soupçonne d'avoir mis en place, ou à tout le moins validé, un système frauduleux entre 2005 et 2017. Selon l'accusation, des fonds du Parlement européen auraient été détournés pour rémunérer des assistants parlementaires d'eurodéputés qui, en réalité, travaillaient pour le parti (l'UDF puis le MoDem).

En première instance, en février 2024, le tribunal correctionnel de Paris avait rendu un jugement nuancé. Si plusieurs cadres du parti avaient été condamnés, François Bayrou avait quant à lui bénéficié d'une relaxe « au bénéfice du doute ». Le tribunal avait estimé qu'il existait bien un système de détournement au sein des partis concernés, mais que la preuve de la participation active ou de la complicité directe de François Bayrou n'était pas formellement rapportée. Le parquet, jugeant cette décision contradictoire, avait immédiatement fait appel de cette relaxe.

Une sérénité affichée face à la tempête

Malgré la perspective de devoir à nouveau s'expliquer à la barre, François Bayrou refuse de céder à la panique. Interrogé récemment par Franceinfo Politique, le haut-commissaire au Plan a réaffirmé sa sérénité légendaire. Pour lui, ce second procès est l'occasion de laver définitivement son honneur et de prouver qu'aucun système occulte n'a été érigé sous sa direction ou avec son assentiment.

Cette posture de confiance absolue est une constante chez le leader centriste. Depuis le début de l'enquête en 2017 — qui l'avait d'ailleurs contraint à démissionner du ministère de la Justice après seulement quelques semaines en poste —, François Bayrou dénonce une accusation infondée. Il soutient que chaque contrat d'assistant correspondait à un travail effectif pour les députés européens concernés. Devant la cour d'appel, sa défense s'attachera à démonter point par point les arguments du parquet général, qui cherche à démontrer que le président du MoDem ne pouvait ignorer ces pratiques financières.

Quel impact sur l'avenir du centre et la présidentielle ?

Au-delà de l'aspect strictement juridique, ce procès revêt une dimension éminemment politique. François Bayrou demeure l'un des piliers de la coalition présidentielle et un conseiller de l'ombre influent pour l'Élysée. Une condamnation, même assortie d'une peine légère ou d'une simple amende, porterait un coup très dur à sa crédibilité et à sa capacité d'influence pour les années à venir.

Alors que les différentes forces politiques affûtent leurs armes et que les sondages commencent à tester la popularité des potentiels candidats du bloc central, le MoDem a besoin d'un leader pleinement disponible et non affaibli par des démêlés judiciaires. Si François Bayrou venait à être condamné, sa capacité à jouer les faiseurs de rois ou à se présenter lui-même comme une alternative crédible serait fortement compromise. À l'inverse, une confirmation de sa relaxe lui offrirait une véritable renaissance politique, lui permettant de peser de tout son poids sur la recomposition du centre-droit.

Un calendrier judiciaire qui bouscule l'agenda politique

Le timing de ce procès en appel rappelle à quel point le temps judiciaire et le temps politique s'entrechoquent fréquemment. Les audiences, qui vont s'étaler sur plusieurs semaines, vont monopoliser l'attention médiatique et contraindre le président du MoDem à partager son temps entre les prétoires et son action publique.

Pour ses partisans, ce procès est un obstacle de plus sur la route, mais ils espèrent qu'il permettra de clore définitivement ce chapitre douloureux. Pour ses opposants, c'est l'occasion de rappeler les promesses de moralisation de la vie publique qui avaient accompagné l'arrivée au pouvoir de la majorité en 2017, promesses portées à l'époque par... François Bayrou lui-même.

L'issue de ce procès en appel à Paris sera scrutée de très près par l'ensemble de la classe politique. Elle déterminera non seulement l'avenir personnel de François Bayrou, mais aussi la solidité et la configuration du bloc central à l'approche des grandes échéances démocratiques de la fin de la décennie.

Sources

Source factuelle citée : Franceinfo Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats