Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de crédibilisation internationale en signant un accord politique symbolique avec la figure de la droite populiste britannique, Nigel Farage. Conclu le vendredi 4 septembre, ce texte prévoit le renvoi en France des migrants illégaux arrivés en Angleterre, afin de les expulser ensuite vers leur pays d'origine. Cette initiative, saluée au sein de la droite nationaliste française, suscite de vifs débats sur sa faisabilité juridique et dessine les contours des futures campagnes électorales.
Un accord transmanche pour tarir les flux migratoires
La signature de cet accord entre Jordan Bardella et Nigel Farage, leader du parti Reform UK, marque une volonté d'afficher une coopération transnationale face à la crise migratoire dans la Manche. Concrètement, le protocole signé par les deux dirigeants stipule que les migrants clandestins traversant la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni pourront être renvoyés sur le territoire français. À charge ensuite pour Paris de procéder à leur expulsion définitive vers leurs pays d'origine.
Bien que cet accord n'ait aucune valeur contraignante ou étatique — le Rassemblement national n'étant pas au pouvoir —, il fait office de manifeste politique. Pour les deux partis souverainistes, il s'agit de démontrer qu'une alternative aux politiques migratoires actuelles de l'Union européenne et du gouvernement britannique est possible. En déplaçant le curseur de la gestion des frontières vers une coopération bilatérale stricte, les signataires entendent court-circuiter les accords de Dublin et les traités européens actuels, souvent jugés inefficaces par leurs électorats respectifs.
"Dissuader le monde entier" : l'analyse de Bruno Gollnisch
Cette initiative a immédiatement été défendue par les cadres historiques du mouvement. Interrogé par le média BFMTV Politique, Bruno Gollnisch, membre du Conseil national du Rassemblement national, a exprimé son enthousiasme face à ce qu'il considère comme un tournant psychologique majeur. Selon lui, la mise en œuvre d'un tel accord enverrait un signal de fermeté sans précédent à l'échelle internationale.
« Le monde entier saura que ça ne sert plus à rien de venir en France », a estimé Bruno Gollnisch au micro de BFMTV Politique. Pour l'ancien député européen, l'effet dissuasif est la clé de voûte de cette nouvelle doctrine. En fermant la perspective d'un passage vers la Grande-Bretagne depuis les côtes françaises et en garantissant une reconduite systématique à la frontière, la France cesserait d'être perçue comme un pays de transit ou d'accueil. Cette rhétorique de la "fermeture absolue" s'inscrit au cœur de la politique migratoire que le parti souhaite appliquer s'il accède à l'Élysée.
Une stature internationale pour les candidats de 2027
Au-delà de la thématique migratoire, cette signature répond à un agenda électoral précis. À mesure que le calendrier électoral avance vers l'échéance présidentielle, les potentiels candidats cherchent à asseoir leur stature de chef d'État capable de négocier avec des partenaires étrangers. Pour Jordan Bardella, s'afficher aux côtés de Nigel Farage — artisan historique du Brexit et figure d'opposition influente outre-Manche — permet de consolider ses alliances européennes tout en envoyant un message d'action à sa base électorale.
En se positionnant comme un négociateur capable de traiter directement avec le Royaume-Uni, le président du RN tente de devancer ses rivaux sur le terrain de la crédibilité internationale. Cette mise en scène diplomatique vise à rassurer les électeurs sur la capacité du mouvement à gouverner et à appliquer son programme dès le lendemain d'une victoire électorale d'envergure nationale.
Les limites juridiques et diplomatiques d'un accord symbolique
Malgré l'écho médiatique de cette annonce, de nombreux observateurs et juristes pointent du doigt les immenses obstacles constitutionnels et internationaux qui se dressent face à un tel projet. En droit international, la réadmission de ressortissants étrangers sur un territoire tiers (en l'occurrence, la France depuis le Royaume-Uni) nécessite des accords bilatéraux formels entre États souverains, et non entre partis politiques d'opposition.
De plus, l'expulsion de ces migrants depuis la France vers leurs pays d'origine se heurte à la nécessité d'obtenir des laissez-passer consulaires de la part des pays de départ (comme l'Algérie, le Maroc ou le Sénégal), des démarches diplomatiques souvent complexes et infructueuses aujourd'hui. Enfin, la France reste soumise aux règles de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH) et au droit de l'Union européenne, qui encadrent strictement les procédures d'expulsion collective et le principe de non-refoulement.
Conclusion
En signant cet accord avec Nigel Farage, Jordan Bardella réalise un coup de communication politique d'envergure, destiné à marquer les esprits et à poser les jalons programmatiques de sa famille politique. Si la faisabilité technique d'une telle mesure reste largement contestée par les experts, elle permet au Rassemblement national de réaffirmer sa priorité absolue sur le contrôle des frontières et de structurer le débat idéologique à l'approche des grandes échéances démocratiques de la fin de la décennie.
Sources
- BFMTV Politique : https://www.bfmtv.com/politique/video-accord-signe-par-jordan-bardella-avec-nigel-farage-le-monde-entier-saura-que-ca-ne-sert-plus-a-rien-de-venir-en-france-estime-bruno-gollnisch-membre-du-conseil-national-du-rn_VN-202609060148.html
Source factuelle citée : BFMTV Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.
Rubrique : Candidats




