La scène politique française s'exporte outre-Manche. En s'affichant à Birmingham aux côtés du leader populiste britannique Nigel Farage, figure de proue historique du Brexit, Jordan Bardella a immédiatement déclenché une tempête de réactions à Paris. Pour le camp présidentiel, cette rencontre n'a rien d'anecdotique. Invité sur le plateau de BFMTV Politique, Jad Zahab, porte-parole de Renaissance, a vivement fustigé ce rapprochement, affirmant que le Rassemblement national (RN) « défend encore le Frexit » de manière déguisée. À l'approche des grandes échéances, la question de la souveraineté européenne s'impose à nouveau comme un clivage majeur entre les différents partis politiques.
Une alliance transmanche hautement symbolique
Le déplacement du président du Rassemblement national au Royaume-Uni s'inscrit dans une démarche d'affirmation internationale. En s'affichant publiquement avec Nigel Farage, désormais député à Westminster sous la bannière de Reform UK, Jordan Bardella cherche à consolider ses réseaux souverainistes à l'échelle européenne. Pour le jeune leader du RN, cette rencontre permet de s'adresser directement à un électorat sensible aux thématiques de contrôle des frontières, de sécurité et d'identité nationale, des axes phares de la politique menée par les droites nationalistes sur le continent.
Cependant, cette proximité affichée avec l'artisan principal de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne offre une cible de choix à ses opposants politiques. Pour la majorité présidentielle, la photo de famille entre Jordan Bardella et Nigel Farage est la preuve que le parti à la flamme n'a jamais réellement abandonné son projet de rupture avec Bruxelles, malgré un discours officiel qui s'est considérablement adouci ces dernières années pour rassurer les milieux économiques et les électeurs modérés.
Le spectre du "Frexit caché" agité par Renaissance
C’est précisément cet angle d'attaque qu'a choisi Jad Zahab lors de son intervention sur BFMTV Politique. Selon le porte-parole du parti présidentiel, le double discours du RN est manifeste. En public, Marine Le Pen et Jordan Bardella affirment vouloir réformer l'Union européenne de l'intérieur, ayant officiellement abandonné l'idée d'une sortie unilatérale de la zone euro ou de l'UE après l'échec stratégique du second tour de la présidentielle de 2017. Mais dans les faits, et par le jeu de ses alliances internationales, le RN poursuivrait la même trajectoire de rupture.
« Le RN défend encore le Frexit », a martelé Jad Zahab, insistant sur le fait que s'allier avec les promoteurs du Brexit démontre une convergence idéologique profonde et inchangée. Pour les macronistes, démasquer ce "Frexit caché" est une priorité absolue afin de décrédibiliser les potentiels candidats de l'opposition nationaliste auprès des classes moyennes et des retraités, traditionnellement très attachés à la stabilité de la monnaie unique et au marché commun européen.
Entre normalisation et fidélité doctrinale : le dilemme du RN
Cette polémique met en lumière le délicat exercice d'équilibriste auquel se livre Jordan Bardella. D'un côté, il doit poursuivre l'entreprise de normalisation de son parti pour séduire au-delà de son socle électoral traditionnel et s'imposer comme une alternative crédible de gouvernement. De l'autre, il doit donner des gages de radicalité et de rupture à sa base militante historique, qui rejette massivement les politiques supranationales de Bruxelles.
Ce positionnement a des répercussions directes sur l'opinion publique. Alors que les différents sondages mesurent régulièrement la solidité des intentions de vote en faveur du bloc nationaliste, la capacité du RN à rassurer sur les questions économiques et européennes reste sa principale variable d'ajustement pour élargir son électorat. En ravivant le débat sur le Frexit, la majorité espère freiner cette dynamique de normalisation et réinstaller le clivage traditionnel entre pro-européens et eurosceptiques.
L'Europe, champ de bataille incontournable de la pré-campagne
À mesure que le calendrier politique avance, les questions de souveraineté, d'indépendance économique et de contrôle des flux migratoires s'imposent comme les véritables pivots du débat national. Le voyage de Jordan Bardella à Birmingham montre que la confrontation ne se jouera pas uniquement sur le sol français, mais s'inscrira dans une dynamique géopolitique globale.
Pour le Rassemblement national, l'enjeu est de prouver que le modèle britannique post-Brexit, bien que confronté à des difficultés de transition, offre des pistes d'indépendance viables. Pour ses adversaires, il s'agit au contraire de brandir la situation économique du Royaume-Uni comme un repoussoir pour dissuader les électeurs français de tenter l'aventure d'une rupture avec l'Union européenne. Ce duel s'annonce d'ores et déjà comme l'un des axes de tension majeurs des prochains mois.
Sources
- "Jordan Bardella au côté de Nigel Farage à Birmingham: 'Le RN défend encore le Frexit', analyse Jad Zahab, porte-parole de Renaissance", BFMTV Politique, 5 septembre 2026. URL : https://www.bfmtv.com/politique/video-jordan-bardella-au-cote-de-nigel-farage-a-birmingham-le-rn-defend-encore-le-frexit-analyse-jad-zahab-porte-parole-de-renaissance_VN-202609050325.html
Source factuelle citée : BFMTV Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.
Rubrique : Candidats




