À l'approche de l'échéance présidentielle de 2027, les grandes manœuvres et les positionnements stratégiques s'accélèrent au sein de la droite nationaliste. Interrogée sur les ondes de BFMTV Politique, l'eurodéputée Reconquête Sarah Knafo a jeté un pavé dans la mare en n'excluant pas de participer à un gouvernement dirigé par Jordan Bardella en cas de victoire du Rassemblement National (RN). Cette déclaration réactive le débat de l'union des droites et redessine les contours des alliances potentielles pour le prochain quinquennat.

Une main tendue vers le Rassemblement National

Invitée à s'exprimer sur l'avenir de son camp, Sarah Knafo a répondu par un pragmatique « Pourquoi pas » à la question d'une éventuelle entrée dans une équipe gouvernementale menée par le président du RN, Jordan Bardella. Cette affirmation, loin d'être anodine, marque une volonté de dépassement des clivages partisans qui ont longtemps opposé Reconquête et le Rassemblement National. Depuis la création du parti d'Éric Zemmour, les relations entre les deux formations ont été marquées par une vive concurrence, oscillant entre critiques acerbes et appels du pied stratégiques.

En affichant publiquement cette ouverture, l'eurodéputée cherche à positionner sa famille politique comme un partenaire crédible et indispensable pour gouverner. Pour les cadres de Reconquête, l'objectif est clair : démontrer que les idées de leur parti ont vocation à s'appliquer concrètement au sommet de l'État. Cette démarche s'inscrit pleinement dans le paysage de la politique française actuelle, où la quête de coalitions devient une nécessité face à l'absence de majorité absolue naturelle à l'Assemblée nationale.

Les enjeux d’une recomposition à l’extrême droite

La sortie de Sarah Knafo intervient dans un contexte politique particulier. Alors que les différents sondages mesurent régulièrement les rapports de force en vue de l'échéance de 2027, le Rassemblement National conserve une position de force incontestable au sein de l'opposition. À l'inverse, Reconquête cherche à consolider son assise électorale et à maintenir sa visibilité médiatique après des scrutins européens et législatifs complexes qui ont vu le départ de plusieurs de ses figures historiques.

Pour Sarah Knafo, ancienne conseillère de l'ombre devenue figure de proue du parti au Parlement européen, cette main tendue est aussi une manière de forcer le RN à clarifier sa stratégie de rassemblement. Historiquement, la direction du RN a souvent privilégié une stratégie d'aspiration des électeurs de Reconquête plutôt qu'une alliance de sommet avec ses dirigeants. En se déclarant prête à assumer des responsabilités ministérielles sous l'égide de Jordan Bardella, Knafo tente d'inverser ce rapport de force en proposant une collaboration d'égal à égal, ou du moins une coalition gouvernementale structurée entre différents partis de la droite souverainiste.

Quelle stratégie pour Jordan Bardella et le RN ?

Du côté du Rassemblement National, l'hypothèse d'ouvrir un futur gouvernement à des figures de Reconquête soulève plusieurs questions. Jordan Bardella, pressenti pour occuper Matignon en cas de victoire de son camp à l'élection présidentielle, s'efforce de lisser l'image de sa formation pour rassurer les milieux économiques et les partenaires internationaux. L'intégration de personnalités jugées plus radicales, issues de l'entourage d'Éric Zemmour, pourrait perturber cette stratégie de dédiabolisation.

Cependant, la nécessité de bâtir une majorité parlementaire solide pour gouverner pourrait contraindre le RN à élargir sa base. Les futurs candidats du parti à la présidentielle et aux législatives devront composer avec une réalité arithmétique complexe. Dans cette perspective, le ralliement de cadres expérimentés et diplômés, à l'instar de Sarah Knafo (issue de l'ENA), pourrait apporter une caution technique et technocratique à un exécutif nationaliste en quête de crédibilité managériale.

Vers une clarification d'ici 2027

Le calendrier électoral laisse encore le temps aux différentes formations de peaufiner leur stratégie. Mais les déclarations de ce type posent les jalons des débats qui animeront la campagne. La question de l'union des droites, véritable serpent de mer de la vie politique française, ne se limite plus à des accords électoraux locaux, mais s'étend désormais à la composition même d'un futur pouvoir exécutif.

Les divergences idéologiques réelles entre le RN et Reconquête — notamment sur l'économie, où le parti de Zemmour prône une ligne nettement plus libérale et pro-entreprises que celle, plus interventionniste, du RN — devront être arbitrées. Sarah Knafo semble estimer que ces différences ne sont pas rédhibitoires face à l'urgence, selon elle, de mettre en œuvre une politique stricte en matière d'immigration et de sécurité.

En n'excluant pas de siéger dans un gouvernement Bardella, Sarah Knafo pose les bases d'un pragmatisme de combat pour 2027. Reste à savoir si le Rassemblement National saisira cette main tendue ou s'il préférera continuer à faire cavalier seul pour conquérir l'Élysée.

Sources

  • BFMTV Politique : https://www.bfmtv.com/politique/reconquete/pourquoi-pas-sarah-knafo-n-exclut-pas-de-participer-au-gouvernement-de-jordan-bardella-en-cas-de-victoire-du-rn-a-l-election-presidentielle_AD-202609040463.html

Source factuelle citée : BFMTV Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats