À l'approche des grandes manœuvres électorales, le débat public commence à se structurer autour des thématiques qui occuperont le quotidien des Français. En déplacement à Bobigny pour présider la 7e Conférence nationale du handicap (CNH), le chef de l'État a dressé le bilan de ses deux quinquennats sur cette question, qu'il avait érigée en priorité dès 2017. Au-delà des chiffres, le président de la République a formulé un vœu politique fort : il souhaite que l'inclusivité et la prise en charge de la perte d'autonomie s'imposent comme des sujets incontournables lors de la course à l'Élysée.

Un bilan chiffré après près de dix ans à l'Élysée

Devant les associations et les acteurs du secteur, le président a d'abord tenu à légitimer son action en présentant un bilan comptable et social de ses neuf années au pouvoir. Comme le rapporte le média Public Sénat, l’accent a particulièrement été mis sur l’école inclusive. Le nombre d’élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire est passé de 321 000 en 2017 à 550 000 aujourd'hui. Pour accompagner cette trajectoire, le nombre d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) a triplé, dépassant désormais la barre des 130 000 professionnels.

Sur le plan financier, l'effort de l'État s'est traduit par un doublement des ressources allouées à l'école inclusive, passant de 2,1 à 4,8 milliards d’euros par an. Au total, ce sont près de 40 milliards d’euros qui ont été investis en huit ans. Emmanuel Macron a également évoqué le déploiement des Pôles d’appui à la scolarité (PAS), qui comptent actuellement 1 500 structures sur le territoire, avec un objectif de doublement pour atteindre 3 000 unités.

Le volet économique n'a pas été oublié. Le chef de l'État s'est félicité d'un taux de chômage historiquement bas pour les personnes en situation de handicap, tombé à 11,5 % en 2025 contre 17,6 % au début de son premier mandat. Pour consolider cette dynamique, l’exécutif vise l'accompagnement vers l'emploi de 20 000 bénéficiaires supplémentaires d’ici 2028.

Autonomie, pouvoir d'achat et innovations technologiques

Au-delà de l'insertion scolaire et professionnelle, le président a rappelé plusieurs réformes structurelles majeures de ses mandats. Parmi elles figure la déconjugalisation de l’Allocation adulte handicapé (AAH), une revendication historique des associations qui permet de calculer l'aide indépendamment des revenus du conjoint. Le montant de cette allocation a progressé de 29 % depuis 2017, passant de 810 euros par mois à une projection de plus de 1 040 euros mensuels d'ici 2026.

D'autres mesures concrètes ont été mises en avant :

  • La prise en charge intégrale des fauteuils roulants, bénéficiant à 280 000 usagers.
  • L'attribution de droits à vie pour les personnes atteintes de handicaps irréversibles, simplifiant grandement les démarches administratives.
  • Le rétablissement du droit de vote pour les majeurs sous tutelle, une mesure symbolique forte pour la citoyenneté.

Pour l'avenir, Emmanuel Macron mise sur le progrès technique. Selon lui, la capacité du pays à mettre l’innovation technologique au service de l’autonomie sera l'un des grands défis des années à venir, notamment à travers le développement d'aides techniques de nouvelle génération et de solutions numériques adaptées.

Une interpellation directe des candidats à la présidentielle

En affirmant que « l’inclusivité doit être au cœur de cette campagne », le président sortant cherche à sanctuariser son héritage social tout en mettant au défi ses opposants. Ne pouvant pas se représenter en raison de la limite constitutionnelle des deux mandats consécutifs, il s'efforce d'orienter l'agenda de sa famille politique et, plus largement, de l'ensemble des forces républicaines.

Pour les différents partis qui affûtent leurs programmes, la question du handicap représente un levier crucial pour démontrer leur sensibilité aux questions de solidarité nationale. Les futurs candidats devront non seulement se positionner par rapport aux avancées revendiquées par la majorité sortante, mais aussi répondre aux critiques persistantes du secteur associatif.

En effet, malgré les efforts budgétaires consentis, de nombreuses familles continuent de dénoncer la pénurie d'AESH à chaque rentrée scolaire, les difficultés d'accès aux transports en commun ou encore les délais de traitement des dossiers par les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). Dans le débat de politique générale, ces dysfonctionnements du quotidien sont souvent pointés du doigt par les oppositions de gauche comme de droite. Les propositions sur l'autonomie et le grand âge pourraient ainsi peser de manière significative dans les intentions de vote et influencer la dynamique des sondages à venir.

Conclusion : un héritage à double tranchant

En plaçant la question de l'inclusivité sous le feu des projecteurs à Bobigny, Emmanuel Macron tente de graver son action dans la durée. Si son bilan chiffré témoigne d'une hausse inédite des moyens financiers, la réalité du terrain reste marquée par des obstacles structurels majeurs. Le défi est désormais lancé aux futurs prétendants à l'Élysée, qui devront proposer des solutions concrètes pour transformer ces ambitions budgétaires en une véritable égalité des chances au quotidien.

Sources

Source factuelle citée : Public Sénat. Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats