Lors de la 7e Conférence nationale du handicap (CNH) à Bobigny, le président de la République a réaffirmé sa volonté de bâtir une « société pleinement accessible ». Alors que le calendrier politique se rapproche doucement de l'échéance de la présidentielle 2027, l'heure est au bilan pour le chef de l'État, qui avait érigé cette cause au rang de priorité dès son premier mandat. Entre réformes symboliques et frustrations persistantes du tissu associatif, les résultats de cette politique publique s'annoncent d'ores et déjà comme un thème de débat majeur pour les futurs candidats à l'Élysée.

Des millions de Français concernés par une réalité complexe

Pour mesurer l'ampleur du chantier, il convient de cerner la population concernée. Selon la Drees, le nombre de personnes en situation de handicap en France oscille entre 5,7 et 18,2 millions selon les critères retenus. La Fondation de France estime à 12 millions le nombre de citoyens directement touchés, dont 80 % souffrent d'un handicap invisible. À cela s'ajoutent plus de 8 millions d'aidants familiaux.

Face à cette réalité massive, les attentes envers l'exécutif étaient particulièrement élevées. Comme le souligne une enquête du média Public Sénat, si des progrès législatifs et financiers ont été enregistrés au cours des deux quinquennats d'Emmanuel Macron, le ressenti sur le terrain demeure mitigé. Interrogé par l'AFP, Arnaud de Broca, président du collectif Handicaps, résume ce sentiment partagé : « En dix ans, certains sujets ont progressé, mais la vie des personnes handicapées n’est pas fondamentalement meilleure. »

Des avancées notables sous la pression associative

Le bilan d'Emmanuel Macron comporte plusieurs réformes d'envergure, souvent arrachées de haute lutte par les associations et les oppositions parlementaires. La mesure la plus emblématique reste sans doute la déconjugalisation de l'Allocation aux adultes handicapés (AAH). Cette réforme, entrée en vigueur fin 2023, permet de calculer l'allocation sur la base des seuls revenus de la personne handicapée, sans prendre en compte ceux du conjoint. Il s'agissait d'une revendication historique pour garantir l'autonomie financière des bénéficiaires.

Parmi les autres points positifs, on peut citer le remboursement intégral de certains fauteuils roulants par la Sécurité sociale, une mesure concrète pour le pouvoir d'achat des personnes à mobilité réduite. De plus, l'accent a été mis sur l'insertion professionnelle, avec une baisse significative du taux de chômage des travailleurs handicapés, même si celui-ci reste supérieur à la moyenne nationale. Enfin, le budget global consacré aux politiques du handicap a connu une hausse constante, traduisant un effort financier réel de l'État.

Les angles morts : école inclusive et accessibilité universelle

Malgré ces efforts, plusieurs chantiers majeurs affichent des résultats jugés insuffisants par les observateurs de la vie politique française. L'école inclusive, présentée comme une priorité absolue, fait face à une crise structurelle. Si le nombre d'enfants scolarisés en milieu ordinaire a augmenté, les conditions d'accueil restent précaires. Les Accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) souffrent toujours de bas salaires et de contrats à temps partiel imposés, ce qui entraîne une pénurie de personnel et laisse de nombreuses familles sans solution à chaque rentrée scolaire.

Le second point noir concerne l'accessibilité universelle. Près de vingt ans après la loi fondatrice de 2005, la mise aux normes des espaces publics, des transports collectifs et des sites internet administratifs accuse un retard considérable. Les promesses de mise en accessibilité des gares et des métros, particulièrement scrutées lors des grands événements sportifs récents, n'ont pas atteint les objectifs initiaux. Pour de nombreux citoyens, se déplacer au quotidien relève encore du parcours du combattant, ce qui limite de fait leur participation à la vie sociale et citoyenne.

Un enjeu de différenciation pour la présidentielle 2027

À l'approche des prochaines échéances électorales, la question du handicap dépasse le simple cadre de la solidarité pour devenir un indicateur de la cohésion sociale d'un pays. Les différents partis politiques de l'opposition, de la gauche à la droite, ne manqueront pas de pointer du doigt ces lacunes pour critiquer le bilan social de la majorité sortante.

Pour le candidat qui représentera l'héritage d'Emmanuel Macron, l'exercice sera délicat : il lui faudra défendre les avancées réelles tout en reconnaissant les limites d'une action publique parfois jugée trop technocratique. Les sondages d'opinion montrent régulièrement que la santé, l'éducation et la prise en charge de la dépendance figurent parmi les priorités absolues des électeurs. Le traitement du handicap, qui touche directement ou indirectement des millions de foyers, sera donc un terrain d'affrontement programmatique crucial où chaque prétendant à l'Élysée devra proposer des solutions concrètes et financées.

Conclusion

Le bilan d'Emmanuel Macron en matière de handicap se caractérise par un contraste marqué entre des réformes structurelles attendues, comme la déconjugalisation de l'AAH, et des difficultés persistantes dans le quotidien des usagers. Alors que la société aspire à une inclusion réelle, ce sujet s'imposera comme un test de crédibilité sociale pour tous les candidats en 2027.

Sources

https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/fauteuils-roulants-prestations-sociales-ecole-inclusive-accessibilite-quel-est-le-bilan-demmanuel-macron-en-matiere-de-handicap

Source factuelle citée : Public Sénat. Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats