En déplacement au Royaume-Uni pour le congrès du parti populiste Reform UK, Jordan Bardella a tenu à envoyer un message clair sur la scène internationale et nationale. Aux côtés de Nigel Farage, figure de proue du Brexit, le président du Rassemblement National a affirmé que son parti ne souhaitait pas faire sortir la France de l'Union européenne en cas d'accession au pouvoir. Cette prise de parole, effectuée en anglais, illustre la stratégie de normalisation du mouvement à l'approche de l'échéance présidentielle, tout en maintenant des alliances fortes avec la droite nationaliste européenne.

Une tribune anglophone aux côtés du père du Brexit

C'est un exercice inhabituel auquel s'est prêté le leader du Rassemblement National ce vendredi 4 septembre. S'exprimant directement en anglais devant les militants de Reform UK, Jordan Bardella s'est affiché en étroite collaboration avec Nigel Farage. Comme le rapporte BFMTV Politique, cette rencontre a été suivie d'une conférence de presse commune où les deux hommes ont affiché leur complicité idéologique sur les questions d'immigration et de souveraineté nationale.

Pourtant, derrière cette apparente unité de doctrine, une divergence stratégique majeure est apparue. Alors que Nigel Farage reste l'artisan historique de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, Jordan Bardella a immédiatement douché toute spéculation sur un scénario similaire pour la France. « Si nous gagnons les élections, nous ne souhaitons pas sortir de l'UE », a-t-il martelé. Cette mise au point montre la volonté du RN de se dissocier de l'aventure économique et politique que représente le Brexit, dont les conséquences outre-Manche font l'objet de vifs débats.

La quête de crédibilité économique pour l'échéance de 2027

Pour le Rassemblement National, l'enjeu de cette clarification est avant tout national. Depuis l'échec de la présidentielle de 2017, où la sortie de l'euro et de l'UE avait fortement inquiété l'électorat modéré et les retraités, le parti a opéré un virage doctrinal majeur. L'abandon officiel de l'idée de « Frexit » est devenu une pierre angulaire de sa stratégie de dédiabolisation.

En réaffirmant cette position à l'étranger, Jordan Bardella s'adresse directement aux milieux économiques et aux électeurs indécis en France. Pour figurer parmi les candidats crédibles à l'Élysée, le président du RN sait qu'il doit rassurer sur la stabilité financière du pays. Un projet de rupture brutale avec Bruxelles effraierait les marchés financiers et menacerait la signature souveraine de la France. En choisissant de réformer l'institution de l'intérieur plutôt que de la quitter, le RN tente de concilier radicalité migratoire et sérieux budgétaire au sein de sa ligne politique.

Réformer l'Europe de l'intérieur : le projet du RN

Ne pas vouloir sortir de l'Union européenne ne signifie pas pour autant y adhérer pleinement. Le discours de Jordan Bardella repose sur le concept d'une « Europe des nations », un modèle alternatif qui s'oppose au fédéralisme bruxellois actuel. L'objectif affiché est de vider l'UE d'une partie de ses compétences supranationales pour redonner la primauté aux parlements nationaux.

Cette approche pragmatique vise à rassurer les partenaires européens tout en séduisant un électorat souverainiste. Le RN souhaite notamment renégocier les traités sur la libre circulation des personnes (accords de Schengen) et redéfinir la hiérarchie des normes juridiques pour que le droit français prime sur le droit européen. Cette stratégie de « subversion interne » permet au parti de mener son combat contre la bureaucratie bruxelloise sans assumer le coût politique et logistique d'un divorce complet avec l'institution. C'est un positionnement clé pour l'avenir de la politique en Europe.

Quel impact sur l'opinion et la dynamique électorale ?

Cette clarification intervient dans un contexte où la droite nationale cherche à consolider sa position de force. Les différents sondages d'opinion montrent une stabilisation, voire une progression du Rassemblement National dans les intentions de vote. Pour transformer ces essais en victoire électorale, la direction du parti estime indispensable de lever les derniers verrous de l'acceptabilité.

Cependant, cette posture de compromis avec le cadre européen ne va pas sans risques. Les franges les plus radicales de l'électorat souverainiste pourraient y voir une forme de renoncement ou de « normalisation excessive ». Des rivaux politiques, situés plus à droite ou partisans d'une rupture totale, n'hésitent pas à accuser le RN de trahir la cause de la souveraineté nationale. À l'inverse, la majorité présidentielle et la gauche continuent de dénoncer un « Frexit caché », affirmant que le programme du RN, s'il était appliqué, conduirait inévitablement à une exclusion de fait de la France des instances européennes.

En s'affichant avec Nigel Farage tout en rejetant sa méthode, Jordan Bardella tente un exercice d'équilibriste complexe : capter l'énergie de la droite populiste globale tout en se présentant comme un gestionnaire responsable et pragmatique pour la France.

Sources

Source factuelle citée : BFMTV Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats