À l'approche de l'échéance présidentielle de 2027, les forces politiques affûtent leurs armes idéologiques. À gauche, La France insoumise (LFI) tente d'investir un terrain inattendu : celui de l'intime et des relations amicales. Dans un essai publié à la fin du mois d'août, la députée insoumise du Val-de-Marne, Clémence Guetté, propose de transformer l'amitié en un véritable socle de droits sociaux (logement, héritage, congés). Derrière cette initiative originale se cache une stratégie politique claire : offrir une alternative progressiste au modèle familial traditionnel défendu par l'extrême droite. Mais cette politisation de l'amitié est-elle viable face aux réalités du pouvoir ?
L'amitié comme nouveau pilier des droits sociaux
Clémence Guetté, figure montante de l'appareil insoumis et proche de Jean-Luc Mélenchon, entend bousculer les codes de la protection sociale en France. Son constat de départ est simple : la société moderne isole, et le cadre légal actuel privilégie quasi exclusivement la famille biologique ou conjugale. Pour y remédier, la députée propose d'élargir la notion de solidarité aux "familles choisies", c'est-à-dire aux amis.
Parmi les mesures phares évoquées dans son ouvrage figure la possibilité de léguer une partie de son patrimoine à un ami avec une fiscalité adoucie, similaire à celle des successions familiales. Sur le plan du travail, elle suggère la création de congés exceptionnels pour s'occuper d'un ami malade, calqués sur les congés de proche aidant. Enfin, en matière de logement, l'essai plaide pour une reconnaissance juridique renforcée de la colocation et des modes de vie partagés.
Cette approche s'inscrit pleinement dans la philosophie globale des partis de gauche, qui cherchent constamment à étendre le domaine des droits collectifs et individuels. En bousculant les structures traditionnelles, LFI tente de redéfinir ce que signifie "faire société" au XXIe siècle.
Une riposte idéologique face à l'extrême droite pour 2027
Cette proposition ne relève pas seulement de la théorie sociologique ; elle répond à un impératif électoral crucial dans la perspective de la prochaine présidentielle. Face à la montée de l'extrême droite dans les sondages, qui axe une grande partie de son discours sur la défense de la famille traditionnelle, de la natalité et de l'identité nationale, LFI cherche à imposer un contre-récit puissant.
Comme le souligne judicieusement Le Monde Politique, cette démarche consiste à "politiser l'amitié" pour ériger un rempart culturel contre les idées conservatrices. Là où la droite nationaliste prône le repli sur le noyau familial et national, les insoumis opposent la solidarité choisie, inclusive et universelle. Pour les candidats de la gauche radicale, il s'agit de démontrer que le projet de société progressiste peut offrir des solutions concrètes à la solitude et à la précarité, des maux qui touchent particulièrement les classes populaires et la jeunesse.
En politisant ce sentiment noble qu'est l'amitié, LFI espère réenchanter son électorat et mobiliser les abstentionnistes, un enjeu clé du calendrier électoral à venir. C'est une tentative de déplacer le débat sur le terrain des valeurs et des modes de vie, là où la gauche estime avoir une longueur d'avance culturelle.
Les obstacles juridiques et politiques d'une belle utopie
Si l'idée de transformer l'amitié en droits sociaux possède une force poétique et philosophique indéniable, sa mise en œuvre pratique se heurte à de formidables obstacles juridiques et financiers. Le premier défi, et non des moindres, réside dans la définition légale de l'amitié. Contrairement au mariage, au PACS ou à la filiation, l'amitié ne repose sur aucun acte juridique formel. Comment l'État pourrait-il certifier la sincérité d'une relation amicale sans s'immiscer de manière abusive dans la vie privée des citoyens ?
De plus, l'ouverture de droits successoraux ou fiscaux basés sur l'amitié soulève le risque majeur de fraudes fiscales massives. Sans garde-fous stricts, n'importe quel arrangement financier pourrait être déguisé en "don amical" pour échapper à l'impôt sur les successions, ce qui affaiblirait les recettes de l'État.
Enfin, cette vision se confronte à la dure réalité de l'exercice du pouvoir et de la gestion de la politique budgétaire. Les finances publiques françaises, déjà sous forte tension, pourraient difficilement absorber le coût de nouveaux congés payés ou de niches fiscales inédites. Pour les détracteurs de LFI, cette proposition s'apparente à une utopie déconnectée des réalités économiques, une critique récurrente adressée au programme économique de la gauche.
Conclusion
L'initiative de Clémence Guetté a le mérite de poser une question essentielle : comment adapter notre modèle social aux nouvelles manières de vivre et de s'entraider ? En tentant de politiser l'amitié, La France insoumise cherche à reprendre l'initiative culturelle face à l'extrême droite à l'horizon 2027. Reste à savoir si cette proposition, oscillant entre idéal révolutionnaire et complexité technocratique, parviendra à convaincre au-delà des cercles militants pour devenir un véritable argument électoral.
Sources
- Le Monde Politique : https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/03/presidentielle-2027-contre-l-extreme-droite-lfi-cherche-a-politiser-l-amitie_6764852_823448.html
Source factuelle citée : Le Monde Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.
Rubrique : Candidats




