À l'approche de l'échéance électorale majeure de l'Élysée, les grandes manœuvres programmatiques s'accélèrent à droite. Le candidat des Républicains, Bruno Retailleau, a choisi le terrain hautement symbolique de l'éducation pour marquer sa différence et imprimer un tournant résolument conservateur à sa campagne. Lors d'un déplacement thématique à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine, le chef de file de la droite sénatoriale a dévoilé un plan de rupture pour l'école publique. En ciblant directement ce qu'il qualifie de « pédagogisme » de gauche, il propose une véritable « révolution culturelle » dont la mesure phare est la fin du collège unique, un pilier du système éducatif français depuis près de cinquante ans.

La fin du collège unique : le pilier d'une rupture idéologique

Pour Bruno Retailleau, le diagnostic de l'école française est sans appel : la baisse du niveau scolaire mesurée par les enquêtes internationales et le sentiment de déclassement nécessitent un traitement de choc. En s'attaquant au collège unique, instauré par la loi Haby en 1975, le candidat de la droite souhaite rompre avec l'idée d'un parcours uniforme pour tous les élèves jusqu'à la fin de la classe de troisième. Selon ses propositions détaillées par Le Monde Politique, il s'agirait de réintroduire des filières d'orientation plus précoces, adaptées aux aptitudes et aux aspirations réelles de chaque enfant dès la fin du primaire.

Le collège unique, bien qu'initialement conçu pour favoriser l'égalité des chances et unifier le parcours des élèves de toutes origines sociales, est aujourd'hui accusé par ses détracteurs de niveler le niveau par le bas et de ne pas valoriser les filières professionnelles et techniques.

Cette réforme structurelle s'accompagnerait du rétablissement d'un examen d'entrée en classe de sixième. Ce filtre, qui avait disparu pour faciliter la démocratisation de l'enseignement secondaire, est présenté par le candidat comme un outil indispensable pour garantir que les savoirs fondamentaux – lire, écrire, compter et rédiger – sont réellement maîtrisés avant l'accès au collège. Pour la droite, cette mesure vise à revaloriser le mérite individuel et à redonner du sens à la transition entre le primaire et le secondaire, un sujet crucial souvent débattu au sein des différents partis politiques français.

Discipliner l'école : entre fermeté et établissements de redressement

Au-delà de la restructuration des cycles d'apprentissage, le programme de Bruno Retailleau met l'accent sur la sécurité, la discipline et le respect de l'autorité au sein des établissements scolaires. Le candidat LR propose notamment la création d'« établissements disciplinaires » spécifiques, destinés à accueillir les élèves ayant fait l'objet d'exclusions définitives répétées. L'objectif affiché est double : d'une part, extraire les éléments perturbateurs pour préserver le climat scolaire et la sérénité des classes ordinaires ; d'autre part, offrir un cadre éducatif ultra-rigide à ces jeunes pour tenter de les réinsérer et de leur inculquer les règles de la vie en société.

Cette approche sécuritaire de l'éducation s'inscrit dans une critique globale des réformes menées ces dernières décennies, que le candidat attribue à l'influence des théories progressistes. En ciblant le « pédagogisme », Retailleau cherche à séduire un électorat de droite sensible aux thématiques de l'ordre, de la méritocratie et de la transmission verticale du savoir. Cette posture ferme sur la politique éducative vise à rassurer les familles et le corps enseignant face aux incivilités et aux contestations d'autorité de plus en plus documentées dans les collèges et lycées du pays.

Une stratégie de différenciation pour la droite républicaine

L'offensive de Bruno Retailleau sur le thème de l'éducation n'est pas fortuite. À l'approche de l'élection présidentielle, les différents candidats affûtent leurs propositions sur les grands services publics en crise, à l'image de la santé et de l'enseignement. En plaçant l'école au cœur de son projet de société, le représentant de la droite traditionnelle cherche à se démarquer nettement de la majorité sortante, qu'il accuse de tiédeur, mais aussi du Rassemblement National, en proposant des réformes structurelles précises et chiffrées.

Alors que les sondages d'opinion montrent une attente très forte des Français sur la question du niveau scolaire et de la sécurité dans les écoles, cette proposition de rupture cherche à recréer un clivage politique net. La fin du collège unique et la création de centres de discipline sont des marqueurs identitaires forts qui permettent aux Républicains de réaffirmer leur ADN conservateur. Reste à savoir si ces propositions, qui s'annoncent d'ores et déjà très contestées par les syndicats d'enseignants et les oppositions de gauche, parviendront à convaincre une majorité de Français au-delà du noyau dur des électeurs de droite.

En prônant une « révolution culturelle » pour l'école, Bruno Retailleau pose en tout cas les bases d'un affrontement doctrinal profond pour l'échéance de 2027. Entre nostalgie d'une école républicaine d'antan et volonté de réformer en profondeur les structures de l'État, le débat sur l'avenir de l'éducation nationale promet d'être l'un des plus clivants des prochains mois de campagne.

Sources

  • Le Monde Politique : https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/01/presidentielle-2027-bruno-retailleau-veut-une-revolution-culturelle-pour-l-ecole-et-plaide-pour-la-fin-du-college-unique_6763177_823448.html

Source factuelle citée : Le Monde Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats