Alors que la scène internationale est secouée par des tensions géopolitiques majeures au Moyen-Orient, une récente enquête de la fondation allemande Konrad-Adenauer (KAS) met en lumière un phénomène inattendu : le net regain de popularité de la France dans le monde arabe. Ce sursaut de l'image de l'Hexagone, intimement lié aux choix diplomatiques récents de l'Élysée, s'invite d'ores et déjà dans les débats de politique étrangère qui animeront la campagne présidentielle. Entre recherche d'équilibre et affirmation d'une voix singulière, la diplomatie française redevient un argument de poids pour les futurs candidats.

Une popularité en forte hausse portée par des choix diplomatiques forts

L'enquête d'opinion menée par la fondation Konrad-Adenauer auprès de 8 475 personnes dans sept pays de la région (Maroc, Liban, Égypte, Jordanie, territoires palestiniens, Tunisie et Syrie) révèle une dynamique particulièrement positive pour Paris. En comparaison avec les données recueillies en 2020, l'opinion favorable à l'égard de la France enregistre des progressions spectaculaires.

En Jordanie, l'image positive de la France bondit de 31 points pour atteindre 48 %. Au Liban, pays historiquement lié à l'Hexagone, elle culmine désormais à 79 %, soit une hausse de 19 points. Le Maroc (63 %, +15 points) et la Tunisie (50 %, +4 points) confirment également cette tendance haussière.

Ce retour en grâce n'est pas le fruit du hasard. Les analystes de la fondation KAS soulignent que les opinions publiques arabes réagissent de manière pragmatique aux actes concrets. L'événement déclencheur de ce réalignement positif est sans conteste la décision d'Emmanuel Macron, le 22 septembre 2025, de reconnaître officiellement l'État palestinien à la tribune de l'ONU. Ce geste symbolique fort a profondément marqué les esprits, en particulier dans les pays accueillant d'importantes communautés de réfugiés, comme la Jordanie et le Liban. Cette décision a permis à la France de se démarquer de ses partenaires occidentaux et de renouer avec sa traditionnelle "politique arabe", un axe historique souvent débattu au sein des différents partis politiques français.

Le conflit avec l'Iran et la posture d'équilibre de la France

Cette enquête, relayée et analysée par L'Express Politique, intervient dans un contexte régional extrêmement lourd. Six mois après le déclenchement de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l'Iran, la stabilité de la région est profondément ébranlée. Face à ce conflit d'envergure, l'Union européenne est apparue divisée. Si plusieurs gouvernements européens ont initialement soutenu la chute du régime de Téhéran, la plupart ont ensuite refusé toute participation active aux opérations militaires.

Dans ce paysage complexe, la France a su tirer son épingle du jeu en évitant d'apparaître comme un belligérant de premier plan. Cette distance stratégique a préservé son image auprès des populations locales, qui ne perçoivent pas Paris comme un acteur hostile ou impérialiste dans cette crise. Comme l'explique Michael Robbins, chercheur et auteur du rapport de la KAS, les publics d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient ne sont pas systématiquement anti-occidentaux ; leurs perceptions dépendent directement des choix de politique étrangère des États.

La France bénéficie ainsi d'un statut d'acteur modérateur, capable de dialoguer avec l'ensemble des parties prenantes. Cette posture d'indépendance, qui rappelle la doctrine gaullo-mitterrandienne, offre un contraste saisissant avec l'alignement plus strict d'autres nations occidentales, et redéfinit la place de la France sur l'échiquier mondial à l'approche des grandes échéances électorales nationales.

Quels impacts sur les débats de la présidentielle 2027 ?

Ces résultats ne manqueront pas d'alimenter les discussions des prétendants à l'Élysée. La politique étrangère, souvent reléguée au second plan derrière les thématiques économiques ou sécuritaires, s'impose désormais comme un marqueur fort de différenciation pour l'échéance de 2027.

Pour la majorité présidentielle sortante, ce bilan diplomatique positif constitue un argument de poids pour défendre la continuité d'une diplomatie d'équilibre, à la fois européenne et indépendante. À l'inverse, les oppositions de droite et d'extrême droite pourraient y voir une forme d'incohérence, reprochant parfois à l'exécutif de sacrifier des alliances traditionnelles à l'Ouest pour séduire l'opinion publique du Sud global.

À gauche, la reconnaissance de l'État palestinien est un point de consensus fort, et ces bons chiffres dans les sondages d'opinion internationaux confortent les partisans d'une rupture encore plus nette avec la politique américaine au Moyen-Orient. La question de la souveraineté de la France et de son autonomie stratégique vis-à-vis de l'OTAN et de l'Union européenne sera donc au cœur des programmes des différents candidats.

En conclusion, l'amélioration de l'image de la France dans le monde arabe démontre que les choix diplomatiques courageux et mesurés continuent de porter leurs fruits sur la scène internationale. Alors que la course pour l'Élysée s'accélère, la capacité de la France à maintenir ce rôle de pont entre l'Occident et le monde arabe sera un sujet de débat crucial, interrogeant directement notre souveraineté et notre identité géopolitique pour les années à venir.

Sources

  • L'Express Politique : https://www.lexpress.fr/monde/europe/comment-les-pays-arabes-percoivent-ils-la-france-et-leurope-ce-que-revele-un-sondage-six-mois-apres-I5IPZZWF3NHKBM3S2ERFGUXCTA

Source factuelle citée : L'Express Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats