En 2019, au lendemain d'un scrutin européen triomphant, Europe Écologie-Les Verts (EELV) semblait en mesure de dicter le tempo à gauche. Pourtant, à l'approche de la prochaine échéance présidentielle, la donne a radicalement changé. Entre rendez-vous manqués, divisions internes et émergence de nouvelles dynamiques collectives, les écologistes n'ont pas réussi à s'imposer comme la force motrice de leur camp. Alors que les grandes manœuvres pour l'Élysée s'accélèrent, retour sur une refondation manquée qui pèse lourdement sur l'avenir de la gauche française.
L’âge d’or de 2019 : une hégémonie verte éphémère
Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à l'année 2019. Lors des élections européennes, la liste menée par Yannick Jadot crée la surprise en décrochant la troisième place avec 13,5 % des suffrages. À cette époque, le Parti socialiste est encore convalescent après le quinquennat de François Hollande, et La France insoumise cherche son second souffle. Une fenêtre d'opportunité historique s'ouvre alors pour les écologistes : celle de devenir le pivot d'une recomposition de la gauche sur des bases sociales, démocratiques et environnementales.
Cette dynamique s'est confirmée lors des élections municipales de 2020, avec la conquête de grandes métropoles comme Lyon, Bordeaux, Strasbourg ou Grenoble. La possibilité d'une candidature écologiste hégémonique pour la présidentielle suivante semblait alors crédible. Pourtant, cette opportunité de structurer l'espace politique autour de l'écologie politique s'est progressivement refermée. Les écologistes n'ont pas su transformer ces succès locaux en une force nationale incontournable, capable d'unifier les différents courants de la gauche sous leur bannière.
Les raisons d'un rendez-vous manqué
Plusieurs facteurs expliquent cette incapacité à conserver le leadership. Comme le souligne une analyse rétrospective de Libération Politique, la fenêtre de tir s'est refermée en raison de choix stratégiques contestables et de querelles internes persistantes. La primaire écologiste de 2021, bien que démocratique, a mis en lumière des fractures idéologiques profondes entre une aile pragmatique, incarnée par Yannick Jadot, et une aile plus radicale, portée par Sandrine Rousseau. Ces débats internes ont parfois brouillé le message du parti auprès des classes populaires et de l'électorat modéré.
De plus, le parti a peiné à élaborer une synthèse socio-économique globale. L'écologie a souvent été perçue comme une préoccupation déconnectée des réalités quotidiennes liées au pouvoir d'achat, un angle mort que les autres partis de gauche ont rapidement exploité. En 2022, la création de la Nupes, sous l'impulsion de Jean-Luc Mélenchon, a scellé la subordination des écologistes à la stratégie insoumise. Au lieu de mener la coalition, les Verts ont dû se résoudre à y jouer les partenaires minoritaires, une situation qui s'est répétée lors de la constitution du Nouveau Front Populaire.
Quel impact sur l'échiquier politique et les sondages ?
Aujourd'hui, la donne a changé et la direction du parti, désormais baptisé "Les Écologistes" et dirigé par Marine Tondelier, tente de redéfinir son rôle. Si cette dernière a gagné en popularité et en stature médiatique lors des dernières séquences législatives, le parti ne parvient pas à s'imposer comme le candidat naturel de la gauche unie. Les différents sondages d'intentions de vote montrent que l'électorat de gauche reste fragmenté et que les figures écologistes peinent à distancer leurs partenaires socialistes ou insoumis.
Cette perte de leadership influence directement la préparation des différentes candidatures. Sans leader naturel incontesté issu de leurs rangs, les écologistes se retrouvent dans une position de médiateurs plutôt que de conquérants. Ils doivent composer avec un Parti socialiste revitalisé par ses récents scores électoraux et une France insoumise qui conserve une base militante très active. La question de savoir si les écologistes présenteront une candidature autonome ou s'ils se rangeront derrière une candidature unique de la gauche reste l'un des grands points d'interrogation du calendrier électoral à venir.
Vers un rôle de pivot plutôt que de leader
Les écologistes ont laissé passer le train de la refondation à leur profit, mais leur rôle reste crucial. L'urgence climatique et environnementale demeure une préoccupation majeure des Français, et aucun programme de gauche ne peut faire l'impasse sur ces thématiques. À défaut de diriger la coalition, Les Écologistes devront peser de tout leur poids pour que leurs propositions phares soient au cœur du projet commun. Le défi pour les mois à venir sera de transformer cette influence programmatique en un véritable poids politique, afin d'éviter d'être relégués au rang de force d'appoint.
Sources
- "Comment les écologistes ont raté la refondation de la gauche", Libération Politique : https://www.liberation.fr/politique/elections/comment-les-ecologistes-ont-rate-la-refondation-de-la-gauche-20260820_DQR2ZJIHBBABTBPOLPCTNJPMCI
Source factuelle citée : Libération Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.
Illustration de couverture : image générée par intelligence artificielle (aucune photo source disponible).
Rubrique : Candidats




