À l’approche de l’automne, l’élaboration du budget de l’État s’annonce comme l’un des exercices les plus périlleux du quinquennat. Alors que le gouvernement s'apprête à déposer son projet de loi de finances (PLF) sur le bureau de l'Assemblée nationale, les tensions montent au sein de la majorité sortante. Invité sur le plateau de BFMTV Politique, Bruno Milienne, porte-parole du MoDem, a jeté un pavé dans la mare en appelant à « étudier toutes les pistes possibles » avec « courage » pour redresser les comptes publics. Entre rigueur budgétaire et impératifs électoraux, l'équation s'avère particulièrement complexe à l'aube de la prochaine présidentielle.

Un calendrier sous haute tension et des déficits persistants

Le compte à rebours est lancé. Le gouvernement entend déposer son projet de loi de finances le 30 septembre prochain. Ce texte, qui fixera les grandes orientations économiques du pays pour l'année à venir, s'inscrit dans un calendrier politique particulièrement sensible. Les marges de manœuvre sont extrêmement réduites. Selon les informations du quotidien Le Monde, l'exécutif tablerait désormais sur une cible de déficit public à 4,9 % du PIB pour 2027, après une prévision de 5,0 % pour 2026.

Ce glissement progressif éloigne de fait l'objectif initial d'un retour du déficit sous la barre des 3 % d'ici 2029. Pour les différents partis de la coalition gouvernementale, la situation exige un changement de méthode. C’est dans ce contexte de crise des finances publiques que Bruno Milienne est intervenu sur BFMTV Politique, plaidant pour une rupture avec le dogme de l'inaction fiscale. En insistant sur la nécessité d'avoir du « courage », le porte-parole centriste suggère à demi-mot que les solutions faciles ont été épuisées et qu'il faut désormais s'attaquer aux sujets les plus sensibles, qu'il s'agisse de la fiscalité des superprofits ou d'une réévaluation des dépenses de l'État.

Le MoDem face aux tabous fiscaux de la majorité

La sortie de Bruno Milienne illustre les lignes de faille qui traversent la majorité. Depuis 2017, le cap fixé par l'Élysée repose sur une politique de l'offre et un refus catégorique de toute hausse généralisée des impôts. Or, face à la trajectoire alarmante de la dette, le MoDem tente de faire entendre une voix discordante, plus pragmatique et moins dogmatique. Pour le parti du centre, toutes les options doivent être sur la table, y compris des ajustements fiscaux ciblés.

Cette posture vise également à positionner le MoDem comme un acteur responsable et lucide au sein du paysage politique français. En refusant la politique de l'autruche, les centristes cherchent à se démarquer de l'aile droite de la majorité, souvent jugée trop rigide sur les questions fiscales. L'appel au « courage » lancé par Bruno Milienne résonne comme un avertissement : sans réformes structurelles d'envergure et sans un effort partagé, la crédibilité financière de la France sur la scène européenne pourrait être durablement entachée, ce qui pèserait lourdement sur la campagne électorale à venir.

Le budget, premier grand test pour les candidats de 2027

Au-delà des aspects techniques et comptables, l'élaboration de ce budget constitue le véritable coup d'envoi de la course à l'Élysée. Les choix économiques qui seront faits dans les prochains mois détermineront l'héritage que devront assumer les futurs candidats de la majorité présidentielle. Une cure d'austérité trop sévère risquerait d'aliéner une partie de l'électorat populaire et d'alimenter la colère sociale, tandis qu'un laisser-aller budgétaire prêterait le flanc aux critiques de l'opposition sur la gestion financière de l'État.

Les oppositions de droite comme de gauche scrutent déjà les moindres arbitrages. Pour le Rassemblement National et La France Insoumise, la dérive des comptes publics est le symbole de l'échec de la politique macroéconomique menée depuis dix ans. Dans les prochains sondages, la capacité perçue des prétendants à l'Élysée à redresser l'économie nationale sans étouffer les ménages sera un facteur clé d'adhésion populaire. En ce sens, la discussion budgétaire de l'automne ne sera pas seulement un débat parlementaire, mais une tribune politique majeure où se dessineront les programmes économiques de l'élection présidentielle de 2027.

Vers un compromis difficile à l'Assemblée nationale

L'absence de majorité absolue à l'Assemblée nationale complique encore la tâche du gouvernement. Pour faire adopter le budget, l'exécutif devra composer avec les exigences des différents groupes parlementaires, sous peine de s'exposer à une motion de censure fatale. Le MoDem, par la voix de son porte-parole, pose ses conditions et montre qu'il ne signera pas de chèque en blanc sans un débat de fond sur les recettes de l'État.

La recherche d'un compromis s'annonce donc ardue. Le gouvernement devra naviguer à vue entre la nécessité de rassurer les marchés financiers et celle de maintenir une cohésion politique minimale. Si la piste d'un recours répété à l'article 49.3 de la Constitution reste probable, elle usera un peu plus le capital politique d'une majorité déjà fragilisée. À mesure que l'échéance présidentielle approche, chaque vote et chaque arbitrage budgétaire prendront une dimension existentielle pour l'avenir de la coalition.

Sources

Source factuelle citée : BFMTV Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats