Le système universitaire français traverse une zone de fortes turbulences financières. Alors que l'horizon 2030 se profile comme un point de rupture pour le budget des facultés, un rapport choc publié par Jérôme Fournel, inspecteur général des finances, et Gilles Roussel, ancien président de la Conférence des présidents d’université, propose de briser un tabou historique : augmenter significativement les frais d’inscription des étudiants. Cette proposition, qui vise à faire passer la contribution des usagers de 3 % à 10 % du financement des établissements, s'invite d'ores et déjà dans les débats de la politique nationale. À l'approche de l'échéance de 2027, cette question s'annonce comme un clivage majeur entre les différents candidats à l'Élysée.

Un modèle financier universitaire au bord de la rupture

Le constat dressé par les auteurs du rapport est alarmant : sans réforme structurelle, le modèle de financement des universités ne sera plus soutenable d'ici à la fin de la décennie. Interrogé par L'Express Politique, Jérôme Fournel explique que cette crise est le fruit d'un effet de ciseaux progressif. D'un côté, les universités françaises ont dû absorber une augmentation massive du nombre d'étudiants jusqu'au milieu des années 2010. Bien que l'État ait accru ses dotations, cette hausse des moyens est restée inférieure à la croissance démographique étudiante.

De l'autre côté, l'inflation post-Covid-19 a durement touché les budgets de fonctionnement des établissements. Pour compenser, l'État a encouragé la diversification des ressources à travers l'apprentissage, la formation continue et les appels à projets, notamment via le plan d'investissement France 2030. Cependant, cette stratégie a généré des effets indirects complexes. Le recours accru à des personnels contractuels pour gérer ces projets spécifiques a considérablement alourdi la masse salariale des universités, fragilisant un équilibre financier déjà précaire.

Briser le tabou des frais d'inscription

Face à cette impasse, le rapport suggère une piste particulièrement sensible : augmenter les frais de scolarité. Actuellement, ces frais ne représentent que 3 % des ressources des universités françaises. L'objectif proposé par Jérôme Fournel et Gilles Roussel serait de porter cette part à 10 %. Concrètement, une année de licence passerait de 178 euros actuellement à environ 900 euros.

Pour les auteurs du rapport, cette hausse ne doit plus être un sujet tabou si l'on veut préserver la qualité de l'enseignement et l'attractivité des facultés. Ils estiment que l'État ne pourra pas assumer seul l'intégralité des besoins de financement futurs. Toutefois, cette proposition suscite une levée de boucliers immédiate chez les syndicats étudiants et une grande partie de la communauté universitaire, qui y voient une barrière sociale supplémentaire et un désengagement de l'État dans l'éducation.

Un clivage idéologique majeur pour l'échéance de 2027

Cette controverse budgétaire et sociale résonne fortement avec la campagne électorale qui se prépare. La question de l'accès à l'enseignement supérieur et de son financement sera un marqueur de différenciation net entre les partis politiques.

D'un côté, les forces de gauche et les écologistes défendent traditionnellement la gratuité totale de l'université, perçue comme le garant de l'égalité des chances. Pour ces courants, le refinancement des universités doit passer par l'impôt et une augmentation massive du budget de l'État. De l'autre côté, le centre et la droite se montrent plus ouverts à des réformes structurelles inspirées de modèles européens ou anglo-saxons, où la participation financière des étudiants — souvent couplée à des systèmes de prêts à remboursement différé ou à des bourses renforcées — est plus élevée.

Les futurs candidats devront trancher cette question délicate alors que le pouvoir d'achat reste la préoccupation numéro un des Français dans les sondages d'opinion. Proposer une hausse des frais de scolarité, même ciblée ou accompagnée de compensations pour les boursiers, représente un risque politique important auprès de l'électorat jeune et des familles des classes moyennes.

Vers une autonomie accrue des universités ?

Au-delà de la question tarifaire, le rapport Fournel-Roussel ouvre d'autres débats tout aussi inflammables, comme la possibilité pour chaque établissement de définir ses propres capacités d'accueil. Cette mesure, s'apparentant à une forme de sélection à l'entrée, touche à un autre principe fondateur de l'université républicaine : le droit pour tout bachelier d'accéder à la filière de son choix.

La gouvernance et l'autonomie réelle des universités seront donc au cœur des programmes de recherche et d'éducation des candidats. Entre la défense d'un service public centralisé et gratuit et la promotion d'universités autonomes, compétitives à l'échelle internationale et diversifiant leurs revenus, le choix proposé aux électeurs sera crucial pour l'avenir de la jeunesse française.

La soutenabilité financière des universités d'ici 2030 impose de poser des questions difficiles. Qu'ils choisissent la voie de la fiscalité ou celle de la responsabilisation financière des usagers, les prétendants à l'Élysée ne pourront pas éluder ce dossier explosif lors des débats à venir.

Sources

  • L'Express Politique : https://www.lexpress.fr/campus/universites-la-hausse-des-frais-dinscription-ne-doit-plus-etre-consideree-comme-un-tabou-YVRQW2D6LNDJPFKRC4AAHSHM6E

Source factuelle citée : L'Express Politique. Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats