À l’approche de l’échéance présidentielle de 2027, les propositions programmatiques des différents candidats commencent à faire l’objet d’analyses approfondies. Parmi elles, l'idée de Jean-Luc Mélenchon de redessiner la carte de France en treize « écorégions » suscite de vifs débats. Dans une tribune publiée par Le Monde Élection présidentielle, le géographe Frédéric Giraut livre une critique sévère de ce projet inspiré du biorégionalisme, y voyant une vision déconnectée des réalités sociales, urbaines et migratoires du pays.

Le projet des « écorégions » de Jean-Luc Mélenchon

La proposition de La France Insoumise (LFI) s'inscrit dans une volonté de rupture avec le découpage administratif actuel de l'Hexagone. Pour le leader insoumis, l'objectif est de substituer aux régions actuelles de nouvelles entités définies par des critères écologiques, tels que les bassins versants, les ressources en eau ou les spécificités géologiques.

Ce concept de biorégionalisme, théorisé dès les années 1970 par des penseurs écologistes, propose de calquer l'organisation humaine sur les limites physiques de la nature. Cette refonte territoriale est présentée par ses partisans comme le pilier d'une planification écologique globale, un thème central de la gauche pour la présidentielle 2027. Cependant, cette grille de lecture purement environnementale se heurte à de fortes objections de la part des spécialistes de la géographie humaine.

Une critique scientifique axée sur le social et l'urbain

Dans sa tribune accordée au Le Monde Élection présidentielle, le géographe Frédéric Giraut met en garde contre les dérives théoriques de cette approche. Selon lui, le biorégionalisme souffre d'un angle mort majeur : son incapacité à intégrer de manière constructive les dynamiques humaines contemporaines. En faisant primer les données naturelles et de supposés héritages culturels sur les réalités économiques, cette doctrine tendrait à figer les territoires.

L'universitaire souligne notamment que « le biorégionalisme ne peut penser la question urbaine et migratoire autrement qu’en termes négatifs ». Les métropoles, centres névralgiques de l'économie et de la mixité sociale, ainsi que les flux de population, sont souvent perçus par ce prisme comme des perturbations écologiques plutôt que comme des moteurs de développement social.

De plus, le géographe alerte sur le risque de dérive identitaire. En liant l'organisation politique à des caractéristiques physiques et à des héritages présentés comme immuables, le projet s'éloigne de la tradition républicaine universaliste. Pour Frédéric Giraut, cette approche tend à essentialiser les territoires au détriment de la citoyenneté civique et de la solidarité nationale.

Un débat de fond pour les partis de gauche

Au-delà de la controverse scientifique, cette proposition révèle les tensions idéologiques qui traversent les partis politiques à gauche. D'un côté, une frange radicale de l'écologie politique souhaite repenser l'État-nation à travers le prisme des écosystèmes. De l'autre, des courants plus traditionnels craignent que l'abandon des structures républicaines classiques n'affaiblisse la redistribution des richesses et l'égalité d'accès aux services publics sur l'ensemble du territoire.

Alors que le calendrier électoral s'accélère, ce débat illustre la complexité de traduire l'urgence écologique en réformes institutionnelles viables. La question de l'organisation territoriale reste un sujet hautement sensible en France, pays historiquement marqué par la centralisation et l'attachement aux communes et aux départements.

Conclusion

La proposition des « écorégions » portée par Jean-Luc Mélenchon pose des questions fondamentales sur l'avenir de la décentralisation et de la transition écologique en France. Si elle séduit par son ambition environnementale, elle doit désormais faire face aux critiques de ceux qui rappellent que le territoire français est avant tout un espace social, économique et humain. Ce débat intellectuel et politique promet de nourrir les discussions programmatiques tout au long de la campagne pour l'élection présidentielle de 2027.

Sources

Source factuelle citée : Le Monde Élection présidentielle. Synthèse éditoriale Élections 2027.

Rubrique : Candidats