À l’approche de l’échéance présidentielle de 2027, les prétendants à l’Élysée cherchent tous la formule magique pour incarner l'unité nationale et l'autorité de l'État. Contre toute attente, c'est dans les salles de cinéma que s'est déplacé ce combat idéologique. Le film en deux parties d'Antonin Baudry, La Bataille de Gaulle, sorti sur les écrans à l'été 2026, suscite un consensus rare de la gauche de rupture à la droite conservatrice. De Jean-Luc Mélenchon à Bruno Retailleau, chacun tente d'annexer la figure du fondateur de la Ve République pour légitimer sa propre démarche politique.
Un film comme catalyseur des ambitions pour 2027
Le long-métrage retraçant le parcours de l'homme du 18 Juin pendant la Seconde Guerre mondiale est devenu un passage obligé pour la classe politique. Comme le souligne une analyse de LCP Assemblée, cette œuvre cinématographique offre aux candidats déclarés ou pressentis une occasion idéale de se draper dans les plis de l'Histoire nationale.
Faire l'unanimité est un exploit rare dans le paysage politique français contemporain, particulièrement polarisé à l'aube de la campagne présidentielle. Pourtant, de Raphaël Glucksmann à Dominique de Villepin, les éloges pleuvent. Derrière l'hommage culturel se cache une stratégie politique évidente : capter une part de la stature présidentielle par excellence, celle d'un homme qui a su transcender les clivages pour sauver la patrie.
La gauche et la figure du rebelle souverain
Pour la gauche, l’appropriation de la figure gaullienne prend des chemins différents selon les sensibilités. Raphaël Glucksmann, souvent perçu comme un électron libre au sein de son camp, a profité des commémorations nationales pour exhorter les Français à voir le film. L'eurodéputé y décèle une métaphore de son propre parcours, insistant sur « la solitude absolue du général et de ses compagnons » à ses débuts à Londres. Une manière subtile de valoriser sa propre démarche solitaire face aux appareils partisans traditionnels.
Du côté de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon utilise une autre facette du Général. Le leader insoumis qualifie le film de « magnifique » et n'hésite pas à tracer des parallèles audacieux. D'une part, il loue l'éthique démocratique de De Gaulle, rappelant que ce dernier a quitté le pouvoir dès qu'il a perdu un référendum, contrairement aux dirigeants actuels qui « se cramponnent ». D'autre part, Jean-Luc Mélenchon revendique une filiation diplomatique avec le gaullisme, notamment à travers le concept de non-alignement et de méfiance historique vis-à-vis de l'hégémonie américaine.
La droite et le garant de l'ordre républicain
À droite, la captation de l'héritage est presque un réflexe identitaire, mais elle s'exprime avec une vigueur renouvelée à l'approche de 2027. Pour Bruno Retailleau, figure de proue des Républicains, faire référence à De Gaulle est une façon de réaffirmer la légitimité historique de sa famille politique face à la concurrence du Rassemblement National et aux recompositions du centre.
Pour les conservateurs, De Gaulle incarne avant tout l'autorité de l'État, la souveraineté nationale et la défense des institutions de la Ve République. En saluant le film d'Antonin Baudry, la droite cherche à rappeler qu'elle reste la dépositaire naturelle de cette vision verticale du pouvoir, axée sur l'ordre, le redressement économique et la grandeur de la France dans le monde.
Le gaullisme, boussole incontournable pour 2027 ?
Cette ruée vers l'icône gaulliste révèle une constante de la vie politique française : pour présider la France, il faut d'abord convaincre de sa capacité à endosser le costume d'un monarque républicain. Alors que les sondages pour la présidentielle de 2027 montrent un électorat fragmenté et inquiet, la figure de De Gaulle rassure. Elle offre une synthèse idéale entre la légitimité démocratique et l'autorité d'un chef de guerre.
En fin de compte, cette bataille culturelle autour d'un film montre que le gaullisme n'est plus une doctrine partisane, mais un réservoir de symboles dans lequel chaque candidat pioche selon ses besoins : la solitude de l'homme providentiel pour Glucksmann, l'indépendance nationale et la rigueur démocratique pour Mélenchon, l'autorité de l'État pour Retailleau. Reste à savoir quel candidat parviendra à convaincre les électeurs qu'il est le plus digne héritier de cette stature mythique.
Sources
Source factuelle citée : LCP Assemblée. Synthèse éditoriale Élections 2027.
Rubrique : Candidats




